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  • "Le tango, une chanson à texte poétique qui se danse ?"

    Conférence-débat à l'IRCAM dans le cadre du séminaire MaMuPhi (Mathématique Musique Philosophie) Après "Une brève introduction au tango"  par Céline Ruiz et Alejandro Schwartz, j'ai fait un exposé suivi d'un débat avec le public : cliquez sur le lien vers la vidéo enregistrée par l'IRCAM. VIDÉO

  • >>>>>>>Focus / Enfoques

    📚 Dernier livre / Último libro FR: Poésie en rythme de tango , mon sixième livre ES: Poésie en rythme de tango , mi sexto libro 📖 Un article / Un artículo FR : "Le tango, une chanson à texte poétique qui se danse ? " ES : "El tango, una "chanson à texte" poética que se baila?" 🎶 Léon chante le tango / Léon canta el tango FR : CD "El tango canta la vida" - Bandonéon : Olivier Manoury - Ing. : Stéphane LB ES : CD "El tango canta la vida"  - Bandoneón : Olivier Manoury - Ing. : Stéphane LB

  • Tangos étudiés : écouter

    Liens pour écouter les tangos présentés dans mes livres : Poesía de luna y tango Poésie de lune et tango El tango canta la vida Le tango chante la vie POÉSIE EN RYTHME DE TANGO Si vous êtes en possession d'un de ces livres, je vous recommande d'écouter, en parallèle avec votre lecture, une interprétation choisie, écoute qui permet de mieux partager l'émotion transmise par la chanson. J'ai donc élaboré une liste de liens Youtube, que je vous propose ci-dessous (priorité aux interprétations avec les paroles complètes). A media luz Carlos Gardel / Guitares Absurdo Edmundo Rivero / Carlos Figari Arrabal amargo Carlos Gardel / Terig Tucci Balada para un loco Roberto Goyeneche / Astor Piazzolla Barrio de tango  Roberto Goyeneche / Aníbal Troilo Cafetín de Buenos Aires Edmundo Rivero / Aníbal Troilo Cambalache Julio Sosa / Armando Pontier Caserón de tejas María Graña / Jorge Calandrelli Che bandoneón  Roberto Goyeneche / Trio Baffa Berlinghieri Chiquilín de Bachín  Roberto Goyeneche / Astor Piazzolla Corazón de papel Carlos Gardel / Barbieri & Ricardo Cuesta abajo Carlos Gardel / Terig Tucci Desencuentro Roberto Goyeneche / Baffa & Berlingieri Después Roberto Goyeneche / Raúl Garello El bazar de los juguetes Alberto Podestá / Miguel Caló El bulín de la calle Ayacucho Edmundo Rivero / Guitarras El choclo Raúl Berón avec Aníbal Troilo El ciruja Edmundo Rivero / Guitarra El corazón al sur  Eladia Blázquez / Raúl Garello El último organito Roberto Goyeneche / Néstor Marconi En esta tarde gris    Roberto Goyeneche , avec l'orchestre de Troilo Esquinas porteñas Mercdes Simone / Ernesto de la Cruz Esta noche me emborracho Azucena Maizani / Dúo Delfino Parada Estampa de varón Alberto Echagüe / Juan d'Arienzo Flor de lino Ariel Ardit / Andrés Linetzky Fruta amarga Roberto Goyenecge / Atilio Stampone Garúa Roberto Goyeneche / Astor Piazzolla Gricel Roberto Goyeneche / Atilio Stampone Griseta Edmundo Rivero / Gran orquesta Jacinto Chiclana  Edmundo Rivero / Quinteto Nuevo Tango de Piazzolla La calesita Carlos Acuña / Mariano Mores La casita de mis viejos Edmundo Rivero / Horacio Salgán La cumparsita Carlos Gardel / Ricardo y Barbieri La última copa Carlos Gardel / Ricardo y Barbieri La última curda  Edmundo Rivero / Aníbal Troilo La voz de Buenos Aires Eladia Blázquez / Album "Grandes éxitos" Los mareados Roberto Goyeneche / Carlos Franzetti Madame Ivonne Carlos Gardel / Guitarras Malena  Goyeneche avec l'orchestre /Raúl Garello Malevaje Hugo del Carril / Guitarras Mano a mano    Carlos Gardel Mañana zarpa un barco Héctor Mauré / Lito Escarse   Melodía de arrabal  Carlos Gardel Mi Buenos Aires querido Carlos Gardel / Terig Tucci Milonga sentimental Carlos Gardel / Guitarras Milonga triste Alfredo Zitarrosa / Guitarras Milonguita (Esthercita)   Carlos Gardel , accompagné à la guitare par José Ricardo Mi noche triste  Carlos Gardel / Guitarras   Moneda de cobre Argentino Ledesma / Héctor Varela Naranjo en flor  Roberto Goyeneche / Attilio Stampone Niebla del Riachuelo  Roberto Goyeneche / Raúl Garello Nostalgias Edmundo Rivero / Mario Demarco   Organito de la tarde  Carlos Gardel Paisaje Lidia Borda, en duo avec Ariel Ardit Pero yo sé Azucena Maizani / Dúo Cufaro & Zerrillo Por una cabeza Carlos Gardel / Terig Tucci Quedémonos aquí Nelly Vazquez / Aníbal Troilo Silbando Carlos Gardel / Ricardo & Barbieri Sobre el pucho Edmundo Rivero / Horacio Salgán Sur  Roberto Goyeneche / Astor Piazzolla Tinta roja  Goyeneche / Troilo Tormenta  Mario Pomar / Carlos Di Sarli Trenzas Roberto Goyeneche / Aníbal Troilo Una canción Roberto Goyeneche / Aníbal Troilo Uno! Julio Sosa / Armando Pontier Vieja recova Carlos Gardel / Guitarras  Volver  Gardel / Terig Tucci  Yira Yira  Gardel   Yuyo verde  Goyeneche / Nestor Marconi

  • TRADUIRE "LA ÚLTIMA CURDA" EN RESPECTANT LE RYTHME

    Exemple extrait du livre " Poésie de lune et tango " : LA ÚLTIMA CURDA Cet article est destiné aux francophones ayant une bonne connaissance de l'espagnol, intéressés par les paroles du tango et leur traduction en français. Il a pour objet de répondre de façon précise, illustrée et documentée, ici dans l'exemple de LA ULTIMA CURDA , à des questions que l'on me pose assez souvent sur les caractéristiques de mes traductions, en elles-mêmes et par rapport à d'autres traductions connues. Mes traductions en français sont réalisées avec une exigence de respect du rythme (qui influence parfois légèrement certaines options de traduction / adaptation), ce qui permet de les réciter, et même de les chanter dans cette langue, en suivant la musique. Elles s'appuient sur des enregistrements des grand(e)s interprètes historiques, donc un peu influencées par leurs phrasés. Sont soulignées les principales syllabes correspondant aux temps forts de la musique, pour faciliter leur interprétation par des chanteurs. (Précisons toutefois que ces indications sont une aide pour des chanteurs et chanteuses assez entraînés, de préférence dans le chant du tango.) Sont présentés ci-après deux extraits de La última curda, de mon livre (identifié dans la suite par LLB) Poésie de lune et tango (Cf. la rubrique Livres du site). Pour chaque extrait sont indiqués : - Le texte original en espagnol, - Ma traduction littérale , qui vise à donner le sens de l'original, sans aucun choix de style, de rythme, de rime, etc. - Ma traduction dans le livre (texte et n° de page), en gras, assortie d'explication de certaines options, cotée LLB : pour celles et ceux qui ne connaissent pas suffisamment ces extraits, nous conseillons d'écouter en parallèle avec cette lecture une interprétation, par exemple celle de Goyeneche - Piazzolla https://youtu.be/9x4k3QVuwbc . - Des citations d'autres traductions (référence, page, texte), parmi les plus connues en France : o FH - Une anthologie bilingue du tango argentin - Fabrice Hatem - La Salida hors série N° 3 - Date ? o HD&SY - Les poètes du tango - Henri Deluy & Saül Yurkievich - Gallimard - 2006 o DC - Barrio de Tango - Recueil bilingue de tangos argentins - Denise Anne Clavilier - Éd. du Jasmin – Nov. 2007 o AE - Alberto Epstein - La Salida : quelques numéros depuis octobre 2021 Nota Bene : La plupart de ces autres traductions sont très antérieures à mes travaux en la matière, qui ont commencé vers 2015, et ne semblent pas viser particulièrement le respect du rythme. J’ai eu de mon côté cet objectif dès le début, facilité par mon total bilinguisme, l’espagnol étant ma langue maternelle, appuyé sur l’étude du rythme et du chant du tango par des musiciens rioplatins. Extrait 1 Lastima, bandoneón, mi corazón tu ronca maldición maleva... Tu lágrima de ron me lleva hasta el hondo bajo fondo donde el barro se subleva. Ø Traduction littérale (Maintien de l'anastrophe des deux premiers vers dans cette traduction littérale) Elle blesse, bandonéon, mon cœur Ta rauque malédiction canaille Ta larme de rhum m'emmène Jusqu'au profond bas-fond Où la boue se révolte " Malevo " ici est un adjectif qu'on peut traduire par "canaille" (le substantif signifie voyou, malfrat) Ø LLB p 329 Elle dé chire mon cœur Bandoné on ­ Ta rau que malédic tion ca nail le… Ta lar me au goût de rhum M'em por te Jus qu'au fond du bas- fond Où même la boue se ré vol te­. - " déchire " pour respecter le rythme et, au passage, allègement de l'anastrophe - " au goût de rhum " respecte le rythme sans perdre le sens (interprétation de larme de rhum) - "Jusqu'au fond du bas-fond" pour le rythme - "Même la boue" pour le rythme, en distordant légèrement le sens Ø Autres traductions - FH p 114 "Elle blesse mon cœur, Bandonéon. Ta rauque et mauvaise malédiction Ta larme de rhum me transporte Jusqu'au fond du bas-fond Où la boue se révolte…" - HD&SY p 58 "Bandonéon, mon cœur blessé ne supporte plus ta rauque malédiction ; ta larme de rhum m'enfonce au plus profond du trou d'où monte la boue" Extrait 2 Contame tu condena, decime tu fracaso, ¿no ves la pena que me ha herido? Y hablame simplemente de aquel amor ausente tras un retazo del olvido. Ø Traduction littérale Raconte-moi ta punition Dis-moi ton échec Ne vois-tu pas Le chagrin qui me blesse ? Et parle-moi simplement De cet amour absent Derrière un morceau de l'oubli. Ø LLB p 329 Ra con te-moi ton cal vai re, Ex pli que-moi ta dé fai te, Vois-tu le cha grin Qui me bles se ? Et par le-moi simple ment De cet amour ab sent Derrière un l am beau de l'ou bli . - " calvaire " pour respecter le rythme et, au passage, expression forte de la souffrance - " lambeau de l'oubli " au lieu de "morceau" ou "fragment" : sens équivalent avec en plus l'idée de destruction Ø Autres traductions - FH p 114 "Conte-moi ta douleur Dis-moi ton échec Ne vois-tu pas la peine Qui m'a blessé ? Et parlons simplement De cet amour absent Comme un morceau de l'oubli…" - HD&SY p 58 "Raconte-moi de tes peines Parle-moi de tes échecs Tu ne vois pas la douleur qui m'a blessé, Parle-moi simplement De cet amour absent Derrière un reste d'oubli."

  • TRADUIRE "MALENA" EN RESPECTANT LE RYTHME

    Exemple représentatif du livre " Poésie de lune et tango " : MALENA Cet article est destiné aux francophones ayant une bonne connaissance de l'espagnol, intéressés par les paroles du tango et leur traduction en français. Il a pour objet de répondre de façon précise, illustrée et documentée, ici dans l'exemple emblématique de MALENA, à des questions que l'on me pose assez souvent sur les caractéristiques de mes traductions, en elles-mêmes et par rapport à d'autres traductions connues. Mes traductions en français sont réalisées avec une exigence de respect du rythme (qui influence parfois légèrement certaines options de traduction/ adaptation), ce qui permet de les réciter, et même de les chanter dans cette langue, en suivant la musique. Elles s'appuient sur des enregistrements de grand(e)s interprètes historiques, donc un peu influencées par leurs "fraseos" . Sont soulignées les principales syllabes correspondant aux temps forts de la musique, pour faciliter leur interprétation par des chanteurs (précisons toutefois que ces indications sont une aide pour des chanteurs et chanteuses assez entraînés, de préférence dans le chant du tango). Je présente ci-après deux extraits de Malena, de mon livre (identifié dans la suite par LLB) Poésie de lune et tango (Cf. la rubrique Livres du site). Pour chaque extrait sont indiqués : - Le texte original en espagnol, - Ma traduction littérale , qui vise à donner le sens de l'original, sans aucun choix de style, de rythme, de rime, etc. - Ma traduction dans le livre (texte et n° de page), assortie d'explications de certaines options, cotée "LLB" : pour celles et ceux qui ne connaissent pas suffisamment ces extraits, nous conseillons d'écouter en parallèle avec cette lecture une interprétation, par exemple celle de Adriana Varela https://youtu.be/MduzdoTOBSM . - Des citations d'autres traductions (référence, page, texte), parmi les plus connues en France : o FH - Une anthologie bilingue du tango argentin - Fabrice Hatem - La Salida hors série N° 3 - Date ? o HD&SY - Les poètes du tango - Henri Deluy & Saül Yurkievich - Gallimard - 2006 o DC - Barrio de Tango - Recueil bilingue de tangos argentins - Denise Anne Clavilier - Éd. du Jasmin – Nov. 2007 o AE - Alberto Epstein - La Salida : quelques numéros depuis octobre 2021 Nota Bene : La plupart de ces autres traductions sont très antérieures à mes travaux en la matière - qui ont commencé vers 2015 - et ne semblent pas viser particulièrement le respect du rythme. J’ai eu pour ma part cet objectif dès le début, facilité par mon total bilinguisme, l’espagnol étant ma langue maternelle, appuyé sur l’étude du rythme et du chant du tango avec des musiciens rioplatins. EXTRAIT 1 Tal vez allá en la infancia su voz de alondra tomó ese tono oscuro de callejón, o acaso aquel romance que sólo nombra cuando se pone triste con el alcohol. Ø Traduction littérale Peut-être là-bas dans l'enfance Sa voix d'alouette Prit ce ton sombre de ruelle, Ou peut-être cette amourette Qu'elle nomme seulement Quand elle devient triste avec l'alcool. Ø LLB p 365 Qui sait dans son en fan ce sa voix d’a louet te S’im pré gna du ton som bre de la ru elle , Ou bien ce vieil a mour qu'elle nomme à pei ne Der riè re la tris tes se que donne l'al cool. - 1er vers : respect du rythme, sens équivalent, même si la notion de "là-bas" n'est pas explicite - " s'imprégna " facilite le respect du rythme en introduisant une nuance plus explicite que dans "prit" ("tomó") - "Nomme à peine" parce que "seulement" est assez lourd, comparé au "sólo" de l'original - Dernier vers : "derrière la tristesse" permet le respect du rythme tout en introduisant la nuance d'un amour caché Ø Autres traductions - FH p 149 "C'est peut-être dans son enfance Que sa voix d'hirondelle A pris cette couleur obscure de ruelle, Ou bien en chantant cette romance Qu'elle ne dit Que quand vient la tristesse avec l'alcool." - HD&SY p 168 "Dans son enfance, peut-être, Sa voix d'alouette a pris ce ton obscur d'impasse, Ou peut-être cette romance dont elle se souvient quand elle est triste dans l'alcool." - DC p 42 "Ça se trouve, là-bas, enfant, sa voix d'alouette A pris ce timbre sombre du ruisseau. Ou alors cette idylle dont elle ne parle Que lorsque la bouteille la rend triste." - AE La Salida n° 126, avril-mai 2022, p 41 "Peut-être qu'étant môme Sa voix d'alouette a pris ce ton obscur, comme les bas-fonds, Ou alors ce fut un amour qu'elle seule nomme lorsqu'elle devient amère avec l'alcool." - EXTRAIT 2 Tus tangos son criaturas abandonadas que cruzan sobre el barro del callejón, cuando todas las puertas están cerradas y ladran los fantasmas de la canción. Ø Traduction littérale Tes tangos sont des enfants abandonnés Qui traversent la boue de la ruelle, Quand toutes les portes sont fermées Et que hurlent les fantômes de la chanson." "Criatura" peut être un faux-ami : ici c'est le sens populaire de "enfants" . "Ladrar" signifie aboyer en espagnol, mais en Argentine il a également le sens de crier, hurler (utilisé également dans Yira Yira). Ø LLB p 365 Tes tan gos sont des mô mes abandon nés Qui tra versent la boue de la ru el le A près que toutes les por tes se sont fer mées Et râ lent les fan tô mes de la chan son . - "après que toutes les portes se sont fermées" : rythme et idée de fermeture définitive. - Choix de "râlent" pour rendre une idée de souffrance dans ce passé mort Ø Autres traductions - FH p 149 "Tes tangos sont des créatures abandonnées Qui rôdent dans la boue des ruelles Quand toutes les portes sont fermées Et que hurlent les fantômes de la chanson" - HD&SY p 168 "Tes tangos sont des créatures abandonnées Qui traversent la boue des ruelles Quand toutes les portes sont fermées Et qu'aboient les phantasmes de la chanson." - DC p 42 "Tes tangos sont une marmaille abandonnée Qui va et vient dans la bourbe du ruisseau, Quand toutes les portes sont fermées Et que braillent les fantômes de la chanson." - AE La Salida n° 126, avril-mai 2022, p 41 "Tes tangos sont des gamins abandonnés Qui poussent dans la boue de la ruelle Lorsque toutes les portes seront fermées Et que gueulent les fantômes d'une chanson"

  • BUENOS AIRES - Chronique d'un séjour (Février 2024)

    HUIT ANS APRÈS, AVEC UN DOUBLE OBJECTIF Notre premier voyage à Buenos Aires, avec ma compagne Sylvie, a eu lieu début 2016, il y a huit ans. A l'époque, je savais à peine danser le tango (qu'est-ce que trois petites années pour savoir danser ?), et je n'avais publié aucun livre sur la poésie des textes (mes premières traductions n'étaient que sur mon ordinateur), mais j'avais déjà la passion du tango chevillée au corps. En revanche, cette fois-ci, je suis arrivé avec plus d'expérience dans mon corps de danseur, et surtout après avoir publié trois livres : - Avril 2018 - " Pequeña caminata por la poesía del tango - Petite promenade dans la poésie du tango " : bilingue, une proposition de classement thématique, 24 chansons anthologiques présentées, et traduites en français en respectant le rythme afin de pouvoir chanter dans les deux langues, - Juillet 2021 - "Poesía de luna y tango" : une classification thématique plus détaillée, un florilège et une anthologie de 68 œuvres présentées et analysées (exégèses), - Juillet 2021 - "Poésie de lune et tango" : traduction de la précédente, avec la spécificité mentionnée ci-dessus. J'ai également donné une dizaine de conférences et créé mon site bilingue POETANGO (Google " poetango.com "), ce qui m'a donné l'occasion de rencontrer et de communiquer avec d'autres passionnés, intellectuels, artistes, impliqués dans la culture tango, notamment en Espagne et à Buenos Aires. Je dois ajouter un fait qui sera mentionné plus loin (voir le paragraphe éponyme dans le dernier chapitre) : je suis l'organisateur de la milonga parisienne Tango Barge, qui se déroulait depuis 2013 sur un bateau amarré sur la Seine. Malheureusement, un incendie criminel l'a détruit deux semaines avant notre voyage. Je tiens à remercier Polly Ferman (pianiste concertiste de musique latino-américaine et de tango), Daniel Binelli, bandonéoniste et compositeur, et Horacio (Tato) Rébora (organisateur depuis 25 ans du festival culturel de tango de Grenade) qui, depuis l'Espagne, ont valorisé mon travail, et m'ont permis de rencontrer des personnalités de premier plan à Buenos Aires. Un remerciement particulier à Tato pour sa remarquable contribution à mes rencontres lors de ce séjour. Lors de ce voyage, j'avais un double objectif : m'immerger à nouveau dans Buenos Aires et ses milongas, avec une promenade dans Montevideo, rencontrer in situ des personnalités et des amis afin de prolonger et d'approfondir nos échanges sur Internet. Je suis heureux de dire que ces deux objectifs ont été atteints, au-delà de mes espérances. RENCONTRES REMARQUABLES Les nuits de danse dans les milongas furent denses et intenses, d'amitié et de sentiment. Les journées, en revanche, ont été beaucoup plus calmes, mais tellement enrichissantes dans le domaine de ma passion et de mes recherches sur la poésie des paroles, ce qui était le deuxième objectif du voyage. Dans le prolongement de mes échanges antérieurs avec des intellectuels et artistes notables du monde du tango, et grâce aussi au soutien de Horacio Tato Rébora, j'ai pu avoir des rencontres d'un haut niveau culturel, l'amitié et l'affection étant également au rendez-vous. Deux d'entre eux, hommes de radio (La 2x4) m'ont très gentiment invité à leurs émissions. Voici un résumé des rencontres les plus marquantes, dans l'ordre chronologique. OSCAR CONDE (15 & 18 février) Oscar est professeur d'université, membre de la Academia Argentina de Letras, de la Academia Nacional del Tango et de la Academia del Lunfardo. Je lui avais envoyé un message en 2022 à propos de son article "La poética del tango como representación social" (La poétique du tango comme représentation sociale) sur le site Academia.edu. Nous avons ensuite eu plusieurs échanges sur Internet, et en novembre 2022 je lui ai envoyé un exemplaire de mon livre Poesía de luna y tango, par l'intermédiaire de mon ami Gustavo Bazán, argentin basé à Paris, qui se rendait à Buenos Aires. Et là, j'ai eu le grand plaisir de concrétiser ces échanges à Buenos Aires ! Nous nous sommes rencontrés le 15 février dans un café de Palermo, avec son amie Laura et ma compagne Sylvie, et une excellente relation s'est établie dès le premier instant. Pour en venir au cœur du sujet, je dirai tout d'abord qu'Oscar est arrivé avec un sac à dos rempli de livres, afin de concrétiser nos échanges sur Internet à propos de mon travail et, plus précisément, de l'importance (ou non) de l'analyse et des commentaires des paroles de tango. Oscar m'en a confirmé l'utilité évidente, et m'a montré les livres pour affirmer que, bien qu'il y ait eu plusieurs auteurs qui ont présenté les thèmes de la poésie du tango avec une vision transversale, il semble que personne n'ait écrit une anthologie avec une analyse-exégèse pour chaque chanson. Nous avons également mentionné Françoise Prioul, une éminente universitaire parisienne et chercheuse en tango, qui m'a fait l'honneur et le plaisir d'assister à ma conférence à l'IRCAM (voir la section sur Gabriel Soria, ci-dessous). La semaine suivante, je me suis rendu chez lui avec son "Diccionario etimológico del lunfardo", que j'avais acheté en France, pour qu'il m'écrive une dédicace. J'ai également apporté un exemplaire de mon livre "Poésie de lune et tango" (ma traduction française du précédent) pour qu'il puisse se faire une idée concrète des traductions des paroles chantables en français. Je lui ai montré et chanté a capella quelques exemples, ce qui, je crois, l'a beaucoup intéressé, et l'a amené à me parler de son amie Denise Sciammarella, qui traduit et chante aussi des tangos en français, me faisnt écouter un peu de son "Madame Ivonne" et, surtout, l'appelant sur le champ pour lui proposer que nous nous rencontrions. C'est ce que nous avons fait le lendemain : voir ci-dessous le paragraphe consacré à Denise. D'autre part, je lui ai parlé du nouveau livre que je suis en train d'écrire, lui ai montré quelques pages et lui ai demandé son avis sur les chances de trouver un éditeur argentin intéressé par ce livre. Le projet est différent de ce que j'ai écrit jusqu'à présent, un mélange de narration et de paroles de tangos fameux. Il a trouvé cela intéressant, et même le professeur qu'il est a fait de petites observations ou suggestions spontanément, en un clin d'œil ! D'autre part, il m'a expliqué qu'il était difficile en ce moment de publier un livre lié au tango, notamment parce que le fondateur de l'emblématique maison d'édition "El corregidor" est décédé l'année dernière, et que la stratégie des héritiers ne semble pas encore très claire à cet égard. En conclusion, ce fut pour moi une grande satisfaction et une fierté d'avoir pu bénéficier de deux rencontres aussi denses avec un chercheur universitaire de la stature d'Oscar, surchargé, qui partage un aphorisme de Picasso, quelque chose comme "Ils parlent, moi je travaille", et qui a mentionné plus tard, dans un message WhatsApp, "notre passion commune du tango". WALTER ROMERO (16 & 28 février) Walter a la chaire de Littérature française de la Universidad de Buenos Aires, y de surcroît c'est un remarquable chanteur de tango. J'ai la chance de connaître Walter depuis plus de 6 ans, lorsque nous nous sommes rencontrés à Paris, lors d'un concert privé qu'il donnait avec le pianiste Federico Mizrahi. J'ai engagé la conversation et, lorsque je lui ai annoncé que j'écrivais un livre bilingue avec des traductions chantables (le livre de 2018), il s'est montré très intéressé. Ce fut le début d'échanges sur le web, qui l'ont amené à me faire l'honneur de préfacer mon livre suivant, le plus important, Poesía de luna y tango. Aussi je lui suis très reconnaissant, d'autant plus qu'il avait publié une annonce sur Facebook avec une tonalité très élogieuse. L'année dernière, nous nous sommes revus à Paris. Nos deux rencontres et échanges à Buenos Aires n'ont donc pas été une découverte, mais elles ont permis d'approfondir notre amitié et notre passion commune pour les textes et les chants de tango. La première a eu lieu dans une pâtisserie française de Palermo où, autour d'un délicieux goûter avec Sylvie, nous avons parlé du tango, mais aussi de bien d'autres sujets, de façon très franche et ouverte. Nous nous sommes retrouvés le 28 au magnifique restaurant historique El Tropezón, pour un excellent dîner et à nouveau une conversation amicale et profonde. Mais je n'ai pas pu m'empêcher de lui parler de mon projet de livre et il m'a promis de chercher un contact efficace pour présenter le sujet : je lui ai envoyé un manuscrit partiel à cette fin. Et, comme le chantait Atahualpa Yupanqui : "Esperemos y esperemos …" ! (Espérons, espérons ...). NORBERTO BARLEAND, VANINA TAGINI, ELIANA SOSA (19 février) (de gauche à droite: Vanina, Léon, Eliana, Norberto, Sylvie) Norberto est un poète argentin de grande notoriété. Nous nous connaissons depuis l'époque où j'écrivais Poesía de luna y tango, lorsqu'un jour j'ai été touché par un de ses poèmes sur la mère, présenté sur Facebook, à tel point que j'ai osé lui demander la permission d'en citer un extrait dans mon livre, et il a accepté ! C'est ainsi qu'à la page 86 du livre en français, on trouve cette citation : L'absence forgea sa douleur. Perdue entre les ombres Le pleur caché, le coin de la grand-mère. Forts étaient ses cheveux et sa trempe. Dressée. Puissante. Nous sommes restés en contact, comme on peut s'en douter, et surtout je lui ai envoyé un exemplaire du livre par l'intermédiaire de son amie Elisabeth Luna Dávila, qui était de passage à Paris. Ami (Internet) depuis de nombreuses années, j'ai enfin pu le rencontrer dans son pays, et il a eu la gentillesse d'organiser une réunion au "café notable" La Junta de 1810, avec  deux artistes remarquables, Vanina Tagini et Eliana Sosa. Cette dernière est celle que je connaissais le moins. C'est une femme sympathique et charmante, auteure et compositrice, représentante d'un tango moderne, peut-être d'avant-garde. Nous n'avons pas beaucoup parlé parce qu'un empêchement l'a fait arriver en retard, mais ensuite je l'ai réécoutée sur Youtube et j'ai beaucoup aimé en particulier son Bailarines. Quant à Vanina, je la connais depuis novembre 2021, elle a été mon interlocutrice pour l'inscription de mon exposé "Discépolo en la década infame: la trilogía de un rebelde" (Discépolo dans la décennie infâme : la trilogie d'un rebelle) pour le congrès virtuel de l'Academia Nacional del Tango. Lorsque j'ai évoqué mon désir de chanter accompagné d'un bandonéon, elle a suggéré la possibilité de le faire avec Gabriel Merlino, son compagnon. Malheureusement, le décès d'un de ses proches l'a empêché. En résumé, j'ai pu concrétiser mon amitié avec Vanina et Norberto dans une rencontre en face à face, connaître Eliana de près, et tout s'est déroulé dans une atmosphère de passion, d'amitié et d'affection qui nous a laissé, à Sylvie et à moi, une excellente impression. FRANCISCO TORNÉ (17 février) Je ne connaissais pas Francisco, et je dois à son ami Tato Rébora la chance de rencontrer cet autre membre de l'Académie. Il n'est rien moins que le petit-fils de Zita, la compagne de Troilo. Il nous a reçus au musée Casa de Gardel où il nous a présenté avec moult détails et explications l'exposition temporaire sur Troilo, une impressionnante collection d'objets, de documents et de photos prêtés par la famille de l'artiste légendaire. J'ai une admiration particulière pour Troilo car, comme je l'ai dit dans l'émission de Diego Rivarola (voir ci-dessous), il était exceptionnel dans les trois dimensions du tango : le bandonéon, la direction d'orchestre, la composition musicale de chansons immortelles telles que Barrio de tango, Che bandoneón, Desencuentro, Garúa, La última curda, Romance de barrio, Sur, Una canción. Francisco m'a invité à prendre une photo avec le bandonéon relique de Troilo, un souvenir symbolique fort. Nous sommes ensuite allés dans un café, où nous avons eu un échange très intéressant avec lui, qui est passionné de tango et actif dans l'académie, malgré d'importantes responsabilités professionnelles qui ne lui laissent pas beaucoup de temps. MARCELO ROJAS (18 février) C'est le présentateur de l'émission TANGO DJ sur la radio du tango La 2x4, les week-ends de 1h à 4h du matin, où il passe des tangos pour que les auditeurs puissent danser chez eux. Je l'avais rencontré à la Tangoteka de Carolina Udoviko, une maison de tango unique et très intéressante près de Tours en France. Marcelo donnait sa conférence sur la musicalisation des bals, je donnais une conférence musicalisée sur la poésie dans les paroles de tango (une des dix depuis février 2019). Il nous reçoit (avec Sylvie) dans son émission du 18 février, à deux heures du matin, après que nous avons dansé à El Beso. Il m'annonce alors qu'il allait passer les tangos de trois articles de mon site POETANGO.com, et me demande d'expliquer le thème de chaque chanson : Como dos extraños, Alma de bandoneón, Vieja recova. Je n'avais rien préparé (et je ne connais pas par cœur tout ce que j'ai écrit !), je pensais qu'il s'agissait d'une simple interview, mais je m'en suis pas mal sorti, vous pourrez en juger avec cet EXTRAIT. DIEGO RIVAROLA (25 février) Animateur de la radio de tango "La 2x4", que l'on ne présente plus, il m'a fait l'honneur de m'inviter à son émission "El tango en el mundo" (Le tango dans le monde) le 25 février. J'étais venu avec un exemplaire de mon livre, que je lui ai offert avec une dédicace, et il a commencé à le feuilleter, manifestement avec beaucoup d'intérêt. Il m'a posé plusieurs questions sur mon parcours dans le tango, comment la passion m'est venue, comment et en combien de temps j'ai écrit le livre. Il s'est étonné que le livre, autoédité chez Universo de Letras, une filiale du groupe Planeta, ne figure pas dans le catalogue de l'éditeur et soit donc introuvable en Argentine, et m'a demandé ce que l'on pouvait faire pour changer cela. Je lui ai répondu que je n'avais pas cette compétence, mais l'idée m'est venue, et je l'ai exprimée sur le champ que, puisque j'ai tous les droits légaux, je serais ouvert à un projet avec un éditeur argentin. Au moment du départ, il m'a dit qu'il allait discuter de l'affaire avec une amie liée au monde de l'édition. Je vous propose d'écouter un EXTRAIT de l'interview. GABRIEL SORIA (28 & 29 février) Gabriel, président de la Academia Nacional del Tango et directeur du musée Gardel, m'a fait le grand honneur de deux rencontres passionnantes : d'abord au musée Casa de Gardel, le lendemain à l'Academia, alors fermée (visite privée, s'il vous plaît !) et, au total, nous avons passé plus de 4 heures en entretiens profonds et passionnés. Visite très intéressante du musée Gardel, dans la maison même du chanteur légendaire, ou plutôt de sa mère Berthe, avec un guide simplement érudit, très chaleureux aussi, au milieu de photos et d'objets émouvants. Nous avons pris plusieurs photos à son initiative, et il m'a même interviewé rapidement, en me filmant (cliquez ICI) ! Nous nous sommes ensuite rendus dans son petit bureau au dernier étage. J'avais apporté un exemplaire de mon livre à toutes fins utiles, car je ne savais pas si celui que j'avais remis à Matias Mauricio dix mois plus tôt lui était parvenu (nous avons constaté le lendemain qu'il se trouvait dans une armoire de la bibliothèque de l'Académie). Bien m'en a pris car, lorsqu'il a commencé à le feuilleter, j'ai tout de suite vu qu'il était intéressé, et la visite de courtoisie s'est transformée en une rencontre tonique et enthousiaste de près de deux heures ! Nous avons bien sûr parlé de la poésie du tango de façon passionnée et profonde (dois-je ajouter qu'il m'a aussi confirmé l'utilité de ce genre de commentaires sur la poésie des paroles), avec plusieurs exemples à l'appui. J'ai été impressionné par son enthousiasme et son érudition.  Bien que Tato Rébora m'en avait informé, j'ai été surpris et ravi : cet homme récite par cœur, tranquillement, des paroles de tango ! Il vous raconte des anecdotes qui illustrent les contextes historiques de leur création. J'avoue qu'il m'est très difficile de me souvenir en détail d'un échange aussi intense et étendu, mais j'ai plaisir à rappeler ici deux thèmes particuliers : Celedonio Flores ; le phrasé de Gardel et celui du flamenco. -       Lorsque nous avons évoqué la censure des premières années du péronisme à l'égard du lunfardo et de certains thèmes du tango, et surtout la souffrance de Celedonio Flores d'être obligé de modifier - déformer, âbimer! – ses paroles de tango, Gabriel m'a apporté une précision très importante et très triste que j'ignorais (et qui ne figure donc pas dans mon livre) : ses tangos, ces chefs-d'œuvre, n'ont pas été diffusés à la radio, il n'a donc pas reçu les droits d'auteur de la SADAIC, et il est mort dans la misère ! -       D'autre part, au musée Gardel, nous avons parlé du créateur du genre tango-chanson, avec son phrasé caractéristique, qui a été repris par la suite par plus ou moins tous les interprètes de tango, avec une mention spéciale pour Roberto Goyeneche, qui l'a porté à un niveau singulier. C'est un sujet qui m'intéresse beaucoup, je l'ai présenté avec des exemples dans ma dernière conférence à IRCAM (Institut français de musique contemporaine, fondé par Pierre Boulez) : position 24'30" de la vidéo. Nous avons évoqué le fait que, si les guitaristes de Gardel jouaient très carré (marcato), lui chantait de manière très continue, comme s'il se promenait, flottait ou naviguait au-dessus des accords. Nous en sommes venus au flamenco (une autre musique populaire que je porte en moi depuis mon enfance à Arcila, un petit village près de Tanger, où vivaient de purs Andalous), et je lui ai indiqué que, sous le chant très étiré et plein de mélismes, les palos du flamenco ont des rythmes très codifiés et rigoureux, qui sont respectés par les cantaores et les cantaoras, les danseurs, accompagnés par les guitares et les battements de mains. Il s'est montré très intéressé par ce sujet, et a exprimé le désir d'un futur échange :  pourquoi pas, même si je ne suis pas du tout un expert, juste un peu connaisseur, comme je le lui ai dit. Lorsque nous avons terminé, il m'a très gentiment proposé de visiter l'Académie, que je ne connaissais pas et qui était pourtant fermée. C'est là que nous nous sommes retrouvés le lendemain. Il n'est pas inutile de rappeler que cette académie a été créée en 1990 par le grand poète uruguayen-argentin Horacio Ferrer, ami et parolier d'Astor Piazzolla. Ferrer en a été le président jusqu'à sa mort en décembre 2014, Gabriel Soria lui a succédé depuis. Je ne vais pas décrire ici ce que l'on peut voir en visitant ce lieu emblématique et un peu mythique, car c'est en fait aussi un musée du tango. Ce qui m'a le plus intéressé, outre les nombreuses et émouvantes photos historiques, objets, livres, etc.… c'est une série de tableaux accrochés aux murs, conçus par Ferrer, qui reconstituent l'histoire du tango, sortes d'éléments d'une fresque, avec des photos, des citations. Chaque cadre présente une tranche de temps de 15 ans, qui selon Ferrer était le rythme d'évolution du tango : ici la photo du tableau 1940-1955. Un autre tableau de Ferrer que je trouve très intéressant est un "Tableau des relations entre styles d'orchestres" (ci-dessous, excusez la qualité de la photo). Je ne sais pas de quel type de relations il s'agit, je ne suis pas du tout compétent pour me prononcer sur la pertinence d'une telle analyse, mais il s'agit manifestement d'un énorme effort de classification qui mériterait d'être discuté, revisité... Mais peut-être cela a-t-il déjà été fait ? En conclusion, cette deuxième visite a été un luxe que Gabriel m'a offert, en tant que président et en tant que guide exceptionnel, deux heures qui ont renforcé ce que j'ose appeler au moins une amitié intellectuelle et artistique qui, je l'espère, se poursuivra. Nous avons déjà évoqué deux ou trois thèmes de collaboration future... Comme disent les tennismen espagnols : "Vamos !". DENISE SCIAMMARELLA (29 février) Docteur et chercheur en physique, dans le cadre d'une collaboration entre l'Argentine et la France, Denise est directrice du projet Sciammarella Tango, basé sur un orchestre international de tango, elle est chanteuse bilingue (espagnol/français), auteure et compositrice de quelques œuvres, traductrice de textes et chercheuse... rien que ça ! Cliquez ici pour écouter un exemple de son chant bilingue : Madame Ivonne Qui m'aurait dit que je rencontrerais une personne comme elle lors de mon voyage à Buenos Aires ? Comment se fait-il que personne ne me l'ait dit avant et que je ne l'aie pas découverte, sa démarche étant en partie si semblable à la mienne ? Pour paraphraser Atahualpa, je dirais : "Cómo fue que no la viste, qué suelos andabas mirando?" (Comment as-tu pu ne pas la voir, où avais-tu les yeux ?). Comme je l'ai dit plus haut, le rapprochement a été provoqué par Oscar, et nous nous sommes rencontrés au "café notable" La Poesía, à San Telmo, elle, Sylvie et moi. Je lui montre l'exemplaire en français, qui l'intéresse beaucoup, et nous passons deux heures intenses d'échange et d'amitié. Plus tard, je lui ai envoyé le livre électronique et le pdf par WhatsApp, car je ne pouvais pas lui laisser ce seul exemplaire. Elle a dû partir parce qu'elle avait une contrainte familiale importante, et avec sa belle spontanéité, a dit "Pourquoi ne nous sommes-nous pas rencontrés plus tôt ?", nous avons répondu que c'était totalement réciproque. Nous avons convenu de continuer à communiquer par Internet, avec l'espoir d'un prochain voyage avec son orchestre à Paris. OLGA BESIO, chez Richard Garrido (30 février) Richard nous a accueillis chez lui avec beaucoup de gentillesse et nous a invités à un asado avec plusieurs amis du tango la veille de notre départ, en guise d'adieu : un grand merci pour son hospitalité et son amitié. J'ai offert à Richard mon livre en français, qu'il a ensuite présenté à ses amis, j'ai chanté quelques couplets traduits pour illustrer, et un couple a même dansé sur Che bandoneón que j'ai chanté a cappella, en mélangeant les deux langues. Richard nous présente en particulier Olga, comme son professeur de "musicalité", en l’embrassant avec beaucoup de tendresse, ému aux larmes. Cela m’inspire aujourd’hui une autre paraphrase : "Olga, Olga, perdoná si al abrazarte se me pianta un lagrimón" (Olga, Olga, pardonne-moi si en t'embrassant je laisse couler une larme). On ne présente plus Olga, mais j'aime insister sur ce que j’ai ressenti, en plus de ce que Richard m’avait dit : en un mot, c’est une enseignante profonde et pleine de sagesse. Aussi, à la fin de la soirée, j’ose lui poser des questions sur des éléments de la danse qui me paraissent - humblement - fondamentaux comme, par exemple, le pivot de l’homme. Les réponses qu'elle m'a données m’ont beaucoup plu, et je regrette de l'avoir connue si tard. Je ne vais pas révéler ici ces clés, parce que je pourrais me tromper, mais je les ai en tête, et j’essaie de les appliquer dans la mesure de mes capacités. Un salut reconnaissant à Olga, et à Richard une accolade affectueuse, en attendant une prochaine rencontre à Paris. RÉFLEXIONS AU RETOUR À PARÍS Ici une petite synthèse de quelques thèmes abordés dans ce séjour. Danse : qualité vs quantité Comme nous le savons tous, il est difficile de bien danser sur les pistes de surpeuplées . Cependant, la plupart d'entre nous veulent danser autant de tandas que possible dans une soirée, avec autant de partenaires que possible. En effet, on ne peut pas se retenir quand la musique retentit, nous voulons tous danser certains tangos exceptionnels, ou nous avons tout simplement envie de danser avec tel ou telle. Et ne parlons pas des encuentros ou des marathons, où l'on va danser non-stop pendant des heures et des jours. Bien sûr, il faut respecter le fait que certaines personnes veuillent danser "mucho, mucho, mucho" (comme dans la chanson "Te quiero dijiste", si bien chantée par Nat King Cole). J'avoue que je fais partie de ceux qui préfèrent danser moins de tandas, mais avec qualité. C'est plus facile à la fin de la milonga, quand il reste relativement peu de danseurs qui recherchent la même chose, on peut alors s'offrir le luxe de danser quelques tangos inspirés, sans problème de circulation, et avec la musique vraiment en soi. D'ailleurs, je sais que je ne suis pas le seul à penser ainsi et, par exemple, Rodolfo Ruiz (fils du grand guitariste de tango Rubén Chocho Ruiz), milonguero très expérimenté, ancien professeur de danse, m'a dit lors de ce séjour qu'il préférait danser quatre ou cinq tandas par soir, mais de qualité, et que la quantité ne l'intéressait pas du tout. Cela dit, il peut arriver, et cela m'est arrivé, que, dansant avec une fille dans une excellente "connexion", on éprouve un réel plaisir, malgré un espace limité. Mais ce n'est pas si fréquent. Poésie des paroles : exégèse ou pas exégèse ? Certaines des rencontres racontées ci-dessus m'ont permis de confirmer l'utilité de l'analyse et du commentaire des grands tangos, au-delà des anecdotes sur les circonstances de leur création. A vrai dire, je n'en doutais guère, mais, par souci de rigueur, deux faits m'ont amené à m'interroger : - Il m'est arrivé que certaines personnes (peu nombreuses !) me disent qu'il ne serait pas nécessaire d'analyser et de commenter les paroles pour celui qui connaît la langue : ce type d'affirmation a été démenti notamment dans plusieurs des rencontres relatées ci-dessus. - Ce voyage a confirmé ce que je constatais et qui m'étonnait beaucoup depuis que j'avais commencé à écrire Poesía de luna y tango, quand justement je cherchais des analyses de tangos pour comprendre ou interpréter ce qui ne me paraissait pas très clair : ma démarche et mon travail semblent singuliers (voir plus haut le paragraphe consacré à Oscar Conde). Je ne sais pas pourquoi il en est ainsi, mais j'ai publié un article en espagnol sur le site Academia.edu pour présenter deux critères de la nécessité d'analyser, en donnant 150 exemples pour illustrer ma petite thèse : “Poesía de las letras del tango: ¿exégesis o no exégesis?” On peut en consulter une version réduite, en français, dans ce site :"Poésie des paroles : typologie et exégèse". Au-delà de ce débat quelque peu théorique, ce qui me semble essentiel est la conviction que les exégèses des paroles peuvent beaucoup contribuer à leur diffusion et leur compréhension auprès d'un nombre plus important de personnes, particulièrement les danseurs de tango. Comment promouvoir les paroles chez les milongueros ? Au-delà ? Il ne me semble pas inutile de rappeler que dans la danse populaire en général, et dans le tango en particulier, d'abord on danse le rythme. Dans le cas des orchestres de tango, où il n'y a normalement pas de percussions, le rythme est principalement donné par la contrebasse, le piano et même les bandonéons. Ainsi, spontanément, le danseur de tango suit le rythme de ces instruments avec ses jambes, le torse et les bras étant solidaires et beaucoup moins mobiles, consacrés au guidage. Mais les harmonies et les mélodies de ces instruments, auxquelles s'ajoutent celles des violons et de la voix bien sûr, créent une émotion qui est une composante très importante de la danse, à condition de rester dans le rythme ! Certains professeurs proposent dans leurs cours de suivre spécifiquement l'un ou l'autre des instruments. En tant qu'exercice, c'est intéressant, mais je pense que la concentration et l'inspiration du couple de danseurs reposent sur la musique de l'orchestre comme un ensemble cohérent. J'ai d'ailleurs pu confirmer cette opinion lors de ma petite conversation avec Olga Besio, évoquée plus haut. Je dirais que le cerveau inconscient suit l'ensemble, ce qui n'empêche pas de concentrer son attention sur un instrument, ou sur le chant dans son aspect musical. Mais suivre les paroles, leur signification et les émotions qu'elles véhiculent, demande un autre niveau de concentration et de conscience. En effet, même pour quelqu'un qui comprend l'espagnol, il n'est pas facile de se concentrer suffisamment dans un contexte de bal pour entendre et comprendre ce que dit la chanson. En revanche, si l'on se renseigne sur les paroles des tangos que l'on préfère - et encore plus si on les connaît - alors, lorsque la musique arrive, la concentration et l'inspiration sont plus profondes. Je vais plus loin dans mon espoir de diffuser la poésie des paroles de tango, car je suis convaincu qu'il doit y avoir beaucoup de gens qui aiment les musiques et la poésie populaires, qui pourraient s'y intéresser et les apprécier... à condition qu'il y ait des actions pour diffuser cette culture (livres, conférences, colloques, etc.). Dans ce domaine, je ne peux m'empêcher de dire ici ma surprise lorsque je suis entré dans la bibliothèque du Centro Cultural Kirchner (CCK), sur la vitrine de laquelle on peut lire "Ministerio de Cultura Argentina" , et lorsque j'ai demandé s'il y avait des livres sur le tango, on m'a répondu par un "non" sec, comme si ma question était incongrue ! Je n'ignore pas qu'il y a des séances de danse de tango au CCK, mais cela me semble plus orienté vers le tourisme que vers la culture (si je me trompe, n'hésitez pas à me le dire). À la recherche d'un éditeur argentin Comme je l'ai expliqué dans l'émission de Diego Rivarola (voir plus haut), il se trouve que mon livre intéresse quelques artistes et intellectuels du monde du tango, mais qu'il est introuvable dans les librairies de Buenos Aires ! Et ce pour une raison très simple, qui en surprend plus d'un : mon livre a été auto-édité par la l'éditeur espagnol Universo de Letras, filiale du groupe PLANETA, bien implanté en Argentine, mais il ne figure tout simplement pas dans leur catalogue ! Comme je possède tous les droits légaux sur mon travail, je suis maintenant ouvert à un échange avec un éditeur argentin qui pourrait être intéressé par la publication de mon livre, dans sa forme actuelle ou avec quelques révisions. Par ailleurs, comme je l'ai dit plus haut, je suis également à la recherche d'un éditeur argentin pour mon nouveau livre en cours d'écriture. Milonga Tango Barge Comme le savent les principaux protagonistes de ce récit, j'ai une milonga appelée Tango Barge à Paris. Mais malheureusement, en janvier de cette année, un incendie criminel a détruit le bateau Café Barge où elle se tenait. Les nombreuses questions qui m'ont été posées et la solidarité touchante que j'ai pu observer m'amènent à donner un peu plus d'informations sur ce sujet, et à raconter son histoire. J'avais commencé à apprendre la danse en 2013 et, quelques mois plus tard, lors d'un repas de famille, Catherine, la propriétaire du Café Barge, tante de l'épouse d'un de mes fils de l'époque, a lancé : " il paraît que tu apprends à danser le tango " ! J'ai été surpris et presque agacé qu'une information aussi personnelle et sans importance ait été communiquée si rapidement. Puis j'ai rétorqué : "Oui, et tu devrais aussi faire quelque chose au Café Barge !" Elle a répondu : "Chiche !" Et c'est ainsi que l'aventure a commencé : une milonga mensuelle de juillet 2013 à janvier 2024, soit plus de 100 événements, toujours avec une ambiance unique et une bonne vibration " dans le charme de la Seine ". J'ai appris plus tard qu'elle avait accepté également en mémoire de ses parents décédés, qui dansaient le tango. D'ailleurs, le jour de l'inauguration, elle était émue aux larmes. Quant au nom, il m'est venu très vite, comme un jeu de mots : "Tango Barge". Une barge est une grosse embarcation que l'on utilisait jadis pour aller d'une rive à l'autre d'un fleuve, Café Barge est (était !) un bateau assez grand et élégant, amarré sur la Seine. Mais "barge" signifie également en argot fou, dingue, d'où le nom de la milonga ! Je dois préciser une originalité de cette organisation : étant donné que je suis depuis le début totalement bénévole, l'économie de l'affaire est neutre. Plus précisément, le restaurant perçoit  tout et ne paie rien, à part une petite somme pour le DJ et quelques dîners gratuits. Je ne paie rien et ne perçois rien. Cette histoire a été brutalement interrompue par le terrible incendie évoqué plus haut, et ce fut un choc pour moi, pour les habitués de la milonga, et aussi pour beaucoup de gens, même s'ils ne dansaient pas sur ce bateau. Mais je suis surtout touché, au-delà de la destruction du beau bateau et de notre salle de danse, par l'interruption brutale et dramatique d'une entreprise et d'une équipe : je les salue ici, ces hommes et ces femmes qui aimaient notre ambiance. J'ai donc eu envie d'écrire (avec l'aide d'un bon musicien) un texte de tango sur la musique de Melodía de arrabal, je l'ai appelé "Tango Barge must go on", avec une partie en français et une partie en espagnol. Voici l'extrait correspondant au refrain de la partie en français : Barge, Barge, Qui t’a voulu tant de mal Qui t’empêche de danser ? Flammes, cendres, Tous ces abrazos si tendres On a voulu effacer ! Ma vieille Barge ! Nous reviendrons sur ton quai Nous allons nous retrouver. Que, au charme de la Seine, La passion tango revienne, A nouveau te faire danser ! Et maintenant, après la catastrophe, je suis à la recherche d'un restaurant élégant à Paris auquel le modèle d'organisation décrit pourrait convenir. Par chance, nous avons du temps pour cela car, très généreusement, quelques organisateurs (trices) ont invité Tango Barge à leurs milongas parisiennes. Je les remercie pour leur solidarité, qui permet à notre milonga de rester active en attendant que nous retrouvions un lieu de qualité.

  • LA LUNE DANS LA POÉSIE DE HOMERO MANZI

    Dans le ciel se promène la lune Elle tient un enfant par la main. Federico García Lorca - Romance de luna luna Il ne fait guère de doute que les poètes espagnols de la première moitié du XXe ont influencé, ou du moins inspiré, les paroliers du tango, certains d’entre eux ayant d'ailleurs une culture littéraire étendue. Mais un focus particulier est donné ici à Lorca, notamment pour les thèmes populaires de sa poétique, pour la place qu’il a donnée à la lune, l’un des archétypes des poètes du tango et, last but not least, pour l’intérêt qu’il a montré pour cette culture ! Homero Manzi a vécu 44 ans (1907-1951), et autour de 1948 il savait que sa maladie avait peu de chances de guérir. La lune est présente, presque comme un acteur, dans plusieurs des scènes décrites par Homero Manzi. Je cite et commente ci-dessous des couplets de 7 œuvres représentatives, par ordre chronologique, analysées dans mon livre "Poésie de lune et tango" (Juillet 2021 - Ed Bookelis, distribution Hachette, 535 p). Esquinas porteñas (1933) - Valse Carrefours portègnes Homero Manzi - Sebastián Piana Ángel Vargas / Ángel D’Agostino Évocation très nostalgique d’un amour de jeunesse que la mort de la jeune fille a emporté, mêlée à une peinture des quartiers de l’époque. Ce couplet est typique de Manzi pour ses figures de style, avec un vocabulaire simple et sans Lunfardo, et surtout il évoque le contexte et transmet l’émotion de l’homme, personnifiant la lune et le soleil, qui peignent le carrefour. La lune est également mentionnée dans la métaphore "trente lunes ..." pour donner une indication de temps. Carrefour d’un quartier portègne Tes murs sont repeints de lune et soleil. Te pleurent les pluies de l'hiver Dans les aquarelles de mon évocation. Trente lunes connaissent ma blessure Et tant de ruelles nous ont vu passer. Ta vie, ma vie se sont croisées, Tu as pris le sentier qui ne revient jamais. Milonga triste (1936) - Milonga Homero Manzi - Sebastián Piana Interprétation Alfredo Zitarrosa / Guitarras Cri bouleversant du poète qui évoque, pleure et appelle sa fiancée morte, avec des métaphores très réussies. Soulignons en particulier "la lune est tombée dans l’eau", métaphore qui répond à la "clarté de la pleine lune" du premier couplet. C’est un hymne, presque une prière, à la morte, et ici l’évocation va jusqu’à la scène de l’enterrement, avec la sublime et douloureuse métaphore "On a emporté ton silence". Tu as fermé tes yeux noirs, Ton visage devenu blanc, On a emporté ton silence Lorsque les cloches sonnaient. La lune est tombée dans l’eau, Ma poitrine frappée de peine. Et les cordes de cent guitares Qui me tressaient des remords. Aïe ! Rentré par des chemins vieux, Je n'ai pas su revenir. En criant ton nom éteint Prié sans savoir prier. Barrio de tango (1942) - Tango Quartier de tango Homero Manzi - Aníbal Troilo Interprétation Francisco Fiorentino / Aníbal Troilo Ce tango est avant tout une peinture très évocatrice d’un quartier de Pompeya, et le souvenir nostalgique de personnages d’antan : les amis presque estompés, la Jeanne que le protagoniste ne parvient pas à oublier, malgré le temps. Et la lune, associée au "mystère" de ce lieu de mémoire, dont la nostalgie se résume dans la métaphore réussie "Dans le souv'nir je te vois encore". Quartier de tango, lune et mystère, Ces rues lointaines, comment sont-elles ? Ces vieux amis aujourd'hui oubliés, Que deviennent-ils, où peuvent-ils être ? Quartier de tango, qu'en est-il d'elle, Jeanne la blonde que j'aimais tant. Sait-elle ma peine en pensant à elle Depuis le soir où je l'ai quittée ? Quartier de tango, lune et mystère, Dans le souv'nir je te vois encore ! Mañana zarpa un barco (1942) - Tango Demain part le bateau Homero Manzi - Lucio Demare Interprétation Juan Carlos Miranda / Lucio Demare La beauté de ce tango est due à un subtil mélange de trois thèmes avec leurs émotions respectives : la déplorable prostitution , la vie et les nostalgies des marins, la passion du tango, symbolisée par le Riachuelo et le bandonéon. Manzi mentionne la tristesse et la peine d’une de ces "filles aux yeux tristes", que le marin essaie de consoler : "J'dirai ton nom quand je serai très loin, un souvenir à conter à la mer". La troisième strophe nomme et personnifie le tango, avec la sublime métaphore "le tango est un port où s'ancre l’illusion", et se termine par un résumé poétique de la vie du marin sur le bateau, et son rêve "La nuit, avec la lune". Deux mois sur un bateau mon cœur a voyagé, Deux mois que je languis la voix du bandonéon. Le tango est un port où s'ancre notre espoir, Au rythme de sa danse l'émotion est bercée. La nuit, avec la lune, je rêve sur la mer, Et le rythme des vagues imite sa cadence. Et dansons ce tango, je ne veux pas penser, Demain un bateau part, qui sait s'il reviendra. Después (1944) - Tango Après Homero Manzi - Hugo Gutiérrez Interprétation Raúl Iriarte / Miguel Caló Il s’agit très probablement de la mort d’une femme aimée, et de son "après" : évocation quelque peu cinématographique de la mort, puis chant de la douleur dans le souvenir, et termine par l’après confronté au passé. Dans le premier couplet, description déchirante de l’agonie, sous le regard de la "lune en sang" dans "la nuit énorme dans la fenêtre". Après… La lune en sang, ton émotion, Et les prémices de la fin Dans un ciel de sombres nuages. Ensuite… Irrémédiablement, Tes yeux tellement absents Qui pleurent sans douleur. Et après… La nuit énorme dans la fenêtre, Et ta lassitude de vivre Et mon désir de résister. Ensuite… Ta peau comme de neige, Dans la légère absence De ta pâleur finale Sur (1948) - Tango Sud Homero Manzi - Aníbal Troilo Interprétation Roberto Goyeneche / Astor Piazzolla La deuxième strophe commence par une invocation de ce "Sud", petite anaphore d’une syllabe, que la musique prolonge avec une certaine tension dans le premier vers, et se répète comme une plainte dans le second, avant de laisser la place à la nostalgie du passé. Les trois derniers vers chantent une évocation émouvante de tout ce qui est mort : "les rues et les lunes suburbaines", l’amour. Sur, Le rempart et après… Sur, Les lumières d’un bazar… Tu ne me verras plus comme tu m'as vu, Adossé à la vitrine quand je t'attendais. Jamais plus les étoiles ne nous suivront Dans nos marches sans querelles Par les nuits claires de Pompeya… Les rues et toutes les lunes du quartier, Mon amour et ta fenêtre Tout est mort, je le sais bien… El último organito (1949) - Tango Le dernier limonaire Homero Manzi - Acho Manzi Interprétation Edmundo Rivero / Aníbal Troilo L’orgue de Barbarie (traduit ici par "limonaire" : clin d'œil au très beau poème de Jean Roger Caussimon, "Comme à Ostende", mis en musique et chanté par Léo Ferré) et celui qui en jouait étaient, vers 1900, le premier moyen de diffusion du tango. Ils parcouraient les faubourgs et apportaient un peu de distraction et d'émotion aux adultes, une petite fête pour les enfants, surtout quand des poupées dansaient derrière une petite niche. Les poètes du tango les ont chantés, selo toute vraisemblance à la suite de Evaristo Carriego, en particulier dans "Has vuelto". Soulignons la poésie sonore et visuelle de "Avec des pas feutrés, il choisira un coin où se mêlent les lumières de lune et magasin", deux vers qui restituent une ambiance, de manière quasi cinématographique. Les roues pleines de boue du dernier limonaire Viendront avec le soir cherchant cet "arrabal", Avec un canasson, un boiteux et un singe Et un chœur de jeunes filles habillées de percale. Avec des pas feutrés, il choisira un coin Où se mêlent les lumières de lune et magasin Pour que dansent des valses derrière la petite niche La marquise si pâle et le si pâle marquis.

  • Festival de musique classique du Château de Dio

    CAUSERIE SUR LA POÉSIE DES PAROLES DU TANGO, PAR LÉON LÉVY BENCHETON Dans ce splendide château fort du moyen âge restauré par son propriétaire, Bertrand Fleutiaux, Madame De Moüy organise chaque année depuis 2017 un festival de musique classique qui accueille de jeunes musiciens brillants et émouvants. Cette année, elle m'a fait l'honneur de me proposer d'y donner une conférence sur le Tango, focalisée sur la poésie des paroles de ce remarquable et peu connu genre de chanson à texte. Voici un petit aperçu (liens WEB en blanc souligné) de cette présentation, face à un public concentré et attentif, suivie par un échange très intéressant avec les participants, notamment avec un excellent musicien, Julien Libeer, que je ne connaissais pas alors, avant de l'écouter au piano le lendemain. EXTRAIT DE L'INTRODUCTION SUR LA GENÈSE DU TANGO  ET SUR MA CLASSIFICATION THÉMATIQUE DE LA POÉSIE DES PAROLES PRÉSENTATION DE 10 PIÈCES D'ANTHOLOGIE, AVEC ÉCOUTE D'INTERPRÉTATIONS HISTORIQUES MAGISTRALES, notamment : Carlos Gardel / Guitares Eladia Blazquez / Raúl Garello Jorge Linares / Pedro Laurenz Roberto Goyeneche / Baffa Berlinghieri Roberto Goyeneche / Ástor Piazzolla AU PASSAGE, J'AI CHANTÉ QUELQUES COUPLETS EN FRANÇAIS, EXTRAITS DE MES TRADUCTIONS "CHANTABLES". L'enregistrement en live n'ayant pas réussi, je vous propose d'écouter ma version en français de CHE BANDONEÓN, à titre d'exemple représentatif.

  • TANGO - Sources et affluents

    Cet article est un extrait, résumé et adapté, du chapitre homonyme du livre "Poésie de lune et tango" (Cf. rubrique Livres). L'objectif est d'approcher, sans prétention académique mais avec 20 illustrations musicales de référence, la genèse du rythme du tango, surgi au Río de la Plata (particulièrement Buenos Aires et Montevideo) à la charnière entre les siècles XIX et XX. Comme beaucoup de musiques populaires, le tango est la résultante de multiples influences de diverses origines, et spécifiquement une synthèse prodigieuse, amplifiée et accélérée par l’afflux massif d’immigrants, réalisée en peu de temps, car que sont quelques décennies pour l’émergence d’un art qui a ensuite atteint un haut niveau de complexité et de richesse ? Sont exposées quelques lignes de force, essentiellement au niveau du rythme, nécessairement simplifiées, parce que les influences ont été multiples, avec des allers et retours entre pays et continents, au cours des siècles. Car c’est d’abord le rythme qui caractérise le tango comme danse, qui structure les mélodies et les arrangements des orchestres, qui constitue la base du chant et de son phrasé si caractéristique, quelles que soient les sources d’inspiration des mélodies et des paroles : le rythme est le fondement, marqué dans les premières années par les guitares, ensuite par le bandonéon, le piano et la contrebasse, instruments qui ont permis la force et la plénitude des arrangements des "orchestres typiques", où ces bases rythmiques ont engendré les variations brillantes de tous les instruments, et des chanteurs. Mais d’où vient ce rythme de tango si spécifique et si fécond ? Le schéma suivant présente un résumé graphique simplifié des influences (sans intention chronologique) où l'épaisseur des flèches indique l'importance d'une influence, les lignes pointillées indiquent un sujet à controverse. Commentons ce schéma et illustrons-le par des exemples, sorte de remontée de la rivière Tango ! CONTREDANSE Citons l'article homonyme de Wikipedia : "La contredanse est la version espagnole ou hispano-américaine de la contredanse française, qui fut un style international populaire de musique et de danse au XVIIIe siècle, dérivé de la Country Dance anglaise et adopté à la cour de France. La contredanse a été portée en Amérique et en Équateur. À Cuba, elle est devenue un important genre au cours du XIXe siècle, et a été la première musique écrite basée sur des rythmes subsahariens, ainsi que la première danse cubaine qui a acquis une renommée internationale. La contredanse est le prédécesseur de la "danza", le "danzón", le "mambo" et le "chachacha", ainsi que de la chanson ‘'habanera". Et il ajoute un commentaire intéressant sur son origine : "Selon le musicologue Peter Manuel, il est peut-être impossible de résoudre l’énigme de l’origine de celle-ci, comme l’a noté de façon humoristique le musicologue cubain Natalio Galá en appelant ce genre : " anglofrancohispanoafrocubano"". Deux illustrations : - Un exemple de danse et musique en Espagne : "La contradanza congreso nacional de folklore IDAF San Juan 2014" (https://youtu.be/e2BjGPCG-3M) - Un exemple impressionnant du grand Mozart en 1788 : "Contredanse in C major K 609 N° 1" (https://youtu.be/rU18HMGPQts) TANGOS FLAMENCOS "Tangos" est un des "palos" du Flamenco, c'est-à-dire un des modèles rythmiques codifiés du genre. Pourquoi le même nom que le tango du Rio de la Plata ? Qui précéda dans le nom, ou plutôt quelles furent les influences mutuelles ? Questions difficiles, mais on peut suggérer d'écouter par exemple Estrella Morente, la grande chanteuse espagnole (fille de Enrique Morente, figure emblématique du chant flamenco), où l'on peut percevoir une lointaine similitude rythmique avec la Habanera (https://youtu.be/qWz5vNw0v9U). HABANERA Citons l'article homonyme Wikipedia : "La habanera est un genre musical originaire de Cuba dans la première moitié du XIXe siècle - la première habanera documentée est "L’amour dans la danse", ….. à un tempo lent - 60 pulsations par minute - avec un rythme binaire : une danse à temps lent, chantée, à un rythme très précis formé d’une part de croche pointée-double croche, ou double croche-croche- double croche, et d’autre part de deux croches." D’autres sources considèrent "La paloma", composée vers 1860 par l’espagnol Sebastián Iradier, comme l’œuvre de référence du genre, qui a eu en outre un nombre impressionnant d’interprétations et d’arrangements à ce jour (comme chanson, au-delà de son modèle de habanera, peu connu en soi), dans le monde entier et dans plusieurs langues. Il est intéressant d’écouter l’interprétation de Libertad Lamarque, qui d’ailleurs était une grande chanteuse de tango (https://youtu.be/jebIpYs2UUI). Mais la habanera peut-être la plus connue comme telle est l’aria "L’amour est un Oiseau rebelle" de l’opéra "Carmen" du Français Georges Bizet (1863) : on peut écouter l’interprétation de Julia Migenes (https://youtu.be/gkWxnm-UBl4). Des musiciens espagnols ont également écrit des habaneras, notamment Isaac Albeniz en 1890, qui l’a intitulée "Tango" ! (https://youtu.be/GNUpWAQuuVA) CANDOMBE Citons l’article homonyme de Wikipedia: "Le candombe est une manifestation culturelle d’origine afro-uruguayenne. Il a un rôle significatif dans la culture de l’Uruguay au cours des deux cents dernières années, étant reconnu par l’UNESCO comme Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité. Il s’agit d’une manifestation culturelle née de l’arrivée d’esclaves d’Afrique, constituant une fusion des traits musicaux, religieux et de danse des diverses tribus africaines présentes dans le Río de la Plata à l’époque de la colonisation." On peut écouter trois œuvres qui illustrent cela : - "Caminando", dirigé par le musicien uruguayen Hugo Fattoruso (https://youtu.be/29iiFGs2nj8) - "Candombe del olvido" par le chanteur uruguayen Alfredo Zitarrosa (https://youtu.be/bxjLgz31v3Q) - Candombes de l'uruguayen Francisco Canaro (https://youtu.be/PtDbUx0KzRY) MILONGA CAMPERA Elle est indissociable de l'art des "Payadores", sorte de bardes des campagnes sud-américaines. Citons la définition de la "payada" de l’article homonyme Wikipedia : "La payada (en Argentine, en Uruguay et au Paraguay) ou Paya (au Chili) est un art poétique musical appartenant à la culture hispanique, qui a acquis un grand développement dans le Cône Sud de l’Amérique, où une personne, le "payador", improvise un récitatif en rime accompagné d’une guitare." En ce qui concerne le rythme d’accompagnement à la guitare, à l’origine on jouait en "cifra" ou d’autres rythmes et, à partir de Gabino Ezeiza, considéré comme l’un des plus grands payadores de l’histoire du genre, on accompagne en rythme de milonga campera (le 3-3-2, rythme syncopé : dans une mesure à 4 temps divisée en 8 croches, les temps forts sont 1, 4 et 5). Ce rythme a une parenté très forte avec celui de la Habanera : on peut l’entendre dans la milonga bien connue "Los ejes de mi carreta" d’Atahualpa Yupanqui, et dans un grand nombre des œuvres d’Astor Piazzolla, particulièrement dans "Libertango". Il n’est pas inutile d’ajouter, pour terminer cette petite présentation, que Carlos Gardel chantait des payadas à son époque de duo avec José Razzano, avant de devenir le légendaire et emblématique chanteur de tango. Les trois morceaux suivants illustrent ce thème. - El lunar de mi tropilla - Alberto Merlo (https://youtu.be/4tKshX3XYhw) - Los ejes de mi carreta - Atahualpa Yupanqui (https://youtu.be/w9g9jvZ4yJ0) - Milonga triste - Alfredo Zitarroza (https://youtu.be/1dpZqA6kWU4) MILONGA URBAINE Vers 1900, on chantait et on dansait en rythme de milonga, même si l’on utilisait déjà le mot "tango". Puis l’évolution du tango avec ses orchestres et ses chanteurs a laissé au second plan, ou plutôt sous-jacents, la milonga et son rythme. Ce fut le mérite, en 1931, du musicien Juan Carlos Cobián de renouer avec la milonga dans une œuvre, sur des paroles de Homero Manzi, "Milonga sentimental", qui a été la première d’une série. Elle a été enregistrée pour la première fois en 1931 par Carlos Gardel avec des guitares (https://youtu.be/27HlY0umlmA). En 1933, les mêmes ont écrit "Milonga del 900", qu'a également enregistrée Gardel (https://youtu.be/hv5zI1mM6AY). Il est intéressant d’entendre aussi une interprétation de "Milonga del 900" avec orchestre : Francisco Canaro, chanteur Ernesto Famá (https://youtu.be/dMpElD0HUeI). TANGO Évolution du rythme 3-3-2 de la milonga campera vers les temps forts habituels d’une mesure à 4 temps : en termes très simplifiés, on peut dire que le tango est une musique de mesure binaire, avec des temps forts bien marqués, avec des variations en rythme syncopé 3-3-2. Un exemple remarquable est le premier tango-chanson, "Mi noche triste". Le premier enregistrement par Carlos Gardel en 1917 a un rythme marqué par celui de la milonga (https://youtu.be/lRnQ6Ha9yMA). En revanche, le même Gardel l’enregistra en 1933, avec un rythme nettement tango, surtout dans l’accompagnement des guitares, mais le phrasé de Gardel lui superpose un peu du syncopé de la milonga (https://youtu.be/bnWgrNHgciw). Une autre illustration de la continuité milonga - tango, avec le célèbre et emblématique "El Choclo" : - Libertad Lamarque l'a chanté en rythme de milonga (https://youtu.be/-RQRuEMPBK0) - En revanche, Charlo, par exemple, l'a enregistré en rythme de tango (https://youtu.be/sMOf4aDiIOg) Terminons ce petit parcours avec un cas beaucoup plus récent (1980), presque didactique, "La voz de Buenos Aires" de Eladia Blázquez, qui est en rythme de milonga campera, à l'exception d'un couplet en tango (https://youtu.be/HKogiQnaWw).

  • LeónLB chante Che Bandoneón

    CHE BANDONEÓN 1951 Paroles Homero Manzi, musique Aníbal Troilo En parallèle avec mes exégèses et traductions, j'interprète les paroles du tango, pour partager mon émotion devant leur poésie et leur force, indissociables de la puissance de la mélodie et du rythme. Cliquer ci-dessus pour écouter ma traduction française (version originale dans l'article homologue en espagnol). Interprétation dansée par Adriel Bournissen et Soledad Mallo pour le 10ème anniversaire de la milonga Tango Barge : cliquer ICI Les textes ci-dessous sont extraits/adaptés de mon livre "Poésie de lune et tango" (Cf. rubrique Livres). Ce fut l’un des derniers poèmes que Manzi écrivit (il mourut en mai 1951). Entre lui et Aníbal Troilo il y avait une amitié profonde, et on peut imaginer les sentiments des deux, sachant ce qui allait survenir irrémédiablement ! Homero Manzi s’adresse au bandonéon, qu’il personnifie en ami et confident, le présentant comme témoin et support des chagrins et des tragédies de la vie, bandonéon dont le "chant" accompagne les pleurs. Et il évoque les jeunes européennes victimes d’illusions qui se brisaient contre la mauvaise vie et la prostitution, ainsi que le mal d’amour noyé dans l’alcool. Partie A - "Le génie de ton son…écho funéraire de ta chanson" Les quatre premiers vers sont un exemple des images poétiques d’Homero Manzi, dans une personnification très affectueuse du bandonéon en parlant de son "génie" ("el duende", cher à García Lorca en parlant du chant flamenco), en lui attribuant des sentiments de compassion, avec les métaphores si évocatrices "soufflet somnolent" et "se rapproche du cœur". Puis il met en scène les tragédies des jeunes femmes venues d’Europe (Estercita, héroïne du tango "Milonguita", Mimi et Ninón, les parisiennes du romantisme bohème français) pour chercher une "chance", qui finirent dans des "linceuls de rayonne, à l’écho funéraire" du bandonéon. El duende de tu son, che bandoneón, se apiada del dolor de los demás, y al estrujar tu fueye dormilón se arrima al corazón que sufre más. Estercita y Mimí como Ninón, dejando sus destinos de percal vistieron al final mortajas de rayón, al eco funeral de tu canción. Le génie de ton son, che, bandonéon S'apitoie du chagrin de tous les autres, Et quand on presse ton soufflet somnolent Se rapproche du cœur qui souffre plus. Estercita et Mimi comme Ninon Voulaient quitter leurs destins de percale, Vêtirent à la fin des linceuls de rayonne, À l'écho funéraire de ta chanson. Parte B - "Bandoneón, aujourd'hui c'est nuit … che Bandoneón" Ici Manzi chante le mal d’amour, dans une description intense et déchirante, que la musique accompagne étroitement. "Nuit de bringue" peut être compris comme une nuit tumultueuse dans un bar, une milonga ou un cabaret, où l’alcool et le bandonéon amplifient les chagrins du protagoniste, qui avoue être "emballé dans la folie de l’alcool et de l’amertume". Et alors il fait allusion à la femme cause de sa douleur ("pourquoi tellement parler d'elle"), ou plutôt il continue de se tourner vers le bandonéon pour pleurer son obsession qui la fait toujours revenir, avec la sublime métaphore "comme une rengaine dans les gouttes de tes pleurs". Bandoneón, hoy es noche de fandango y puedo confesarte la verdad, copa a copa, pena a pena, tango a tango, embalado en la locura del alcohol y la amargura. Bandoneón, para qué nombrarla tanto, no ves que está de olvido el corazón y ella vuelve noche a noche como un canto en las gotas de tu llanto, ¡che bandoneón! Bandonéon, Aujourd'hui c'est nuit de bringue, Et je peux t'avouer la vérité, Tant de peines, tant de verres, tant de tangos, Emballé dans la folie De l'alcool et l'amertume. Bandonéon, Pourquoi tellement parler d'elle, Ne vois-tu pas le cœur qui est dans l'oubli, Elle revient nuit après nuit Comme une rengaine Dans les gouttes de tes pleurs, Che, bandonéon ! Parte C - "Ton chant est l'amour qu'on … che Bandoneón" Comme un hymne au bandonéon, les six premiers vers de ce couplet prolongent et déclinent les quatre premiers de la chanson, en présentant l’instrument de musique mythique et emblématique comme celui qui accompagne de son "chant" les émotions des personnes. On pourrait aussi oser une interprétation autobiographique de l’auteur, qui parle de sa propre douleur pour un amour perdu : "l'amour qu'on n'a pas donné", "le ciel dont nous avions rêvé", étant lui-même cet ami qui a sombré" en luttant ("cinchando") "dans la tempête d’un amour"? Et peut-être l’énigmatique métaphore footballistique de l’âme "hors-jeu" ("orsai") pourrait-elle être interprétée comme une allusion elliptique à sa mort prochaine, face à laquelle sa passion aurait dépassé les limites ? Tu canto es el amor que no se dio y el cielo que soñamos una vez, y el fraternal amigo que se hundió cinchando en la tormenta de un querer. Y esas ganas tremendas de llorar que a veces nos inundan sin razón, y el trago de licor que obliga a recordar si el alma está en "orsai", che bandoneón. Ton chant est l'amour qu'on n'a pas donné Le ciel dont nous avions rêvé un jour Et l'fraternel ami qui a sombré Luttant dans la tempête d'un amour. Et cette envie énorme de pleurer Qui parfois nous submerge sans raison Et la gorgée d'alcool qui fait qu'on se demande Si l'âme n'est pas hors-jeu, Che, bandonéon.

  • La lune, archétype et source d'inspiration des paroles du tango

    Concert du 5 mai 2023 à la Maison de l'Argentine - CIUP Chant bilingue LEON LB Guitare Alfonso Pacín. Visionnez 2 fragments : EL ÚLTIMO ORGANITO ABSURDO Federico García Lorca, le grand poète espagnol, qui aimait le chant du tango et a inspiré les poètes du genre, a donné une place très importante à la lune dans son œuvre. Beaucoup de tangos utilisent le symbole de la lune, peut-être aussi parce qu'elle apportait un peu de lumière dans la nuit, au sens propre et au sens figuré, dans ces lieux si pauvres et si tristes du Buenos Aires du début du 20ème siècle. L’autre symbole de même nature, mais beaucoup plus prosaïque, est le lampion qui éclairait les rues la nuit, quand les traits de la misère étaient peut-être un peu moins visibles. Il est également vraisemblable que l’un et l’autre étaient les refuges et les témoins de rencontres amoureuses, ce qui augmente évidemment leur force poétique. Illustration en 12 chansons (8 tangos, 2 valses, 2 milongas), de 6 parmi les grands poètes du tango : Eladia Blázquez, Cátulo Castillo, Homero Expósito, Horacio Ferrer, Alfredo Le Pera, Homero Manzi, associés à de grands musiciens, notamment : Eladia Blázquez, Lucio Demare, Virgilio Expósito, Lucio Demare, Sebastián Piana, Astor Piazzolla, Aníbal Troilo. Dans ce concert, LEON LB alterne la langue espagnole des paroles originales et le français de ses traductions, qui restituent le sens en respectant le rythme afin de pouvoir les réciter ou les chanter en français (Cf. son livre "Poésie de lune et tango", sa propre traduction de "Poesía de luna y tango"). LA VOZ DE BUENOS AIRES (La voix de Buenos Aires) - 1980 - Eladia Blázquez Amasijada con el barro y la humedad / De un arrabal de luna y fango Écrasée par la boue et par l’humidité / D’un faubourg de lune et de fange EL ÚLTIMO ORGANITO (Le dernier limonaire) - 1949 - H. Manzi / A. Manzi Con pasos apagados elegirá la esquina / Donde se mezclan luces de luna y almacén Avec des pas feutrés, il choisira un coin / Où se mêlent les lumières de lune et magasin MELODÍA DE ARRABAL (Mélodie de mon faubourg) - 1932 - Le Pera / M. Battistella Barrio plateado por la luna / Rumores de milonga es toda su fortuna. Quartier argenté par la lune / Des rumeurs de milonga sont toute sa fortune. CHIQUILÍN DE BACHÍN (Petit môme de Bachín) - 1968 - H. Ferrer /A. Piazzolla Si la luna brilla sobre la parrilla / Come luna y pan de hollín. Si la lune brille au-dessus d'la grille / Il mange lune et pain de suie. BARRIO DE TANGO (Quartier de tango) - 1942 - Homero Manzi / Aníbal Troilo Barrio de tango, luna y misterio …… Y la luna chapaleando sobre el fango … Quartier de tango, lune et mystère …… Et la lune qui patauge dans la boue … TINTA ROJA (Encre rouge) - 1941 – Cátulo Castillo / Sebastián Piana ¿En qué rincón, luna mía / volcás como entonces tu clara alegría? Dans quel recoin toi ma lune / Tu verses comme alors ta claire allégresse ? SUR (Sud) - 1948 - Homero Manzi / Aníbal Troilo Las calles y las lunas suburbanas / y mi amor y tu ventana / todo ha muerto, ya lo sé… Les rues et toutes les lunes du quartier / Mon amour et ta fenêtre / Tout est mort, je le sais bien… ABSURDO (Impossible amour) - 1940 - Homero & Virgilio Expósito ¡Portal donde la luna se aburrió esperando / cedrón por donde el tiempo se perfuma y pasa! Portail, où la lune s'est lassée d'attendre / Verveine par où le temps se parfume et passe ! MAÑANA ZARPA UN BARCO (Demain part le bateau) - 1942 - H Manzi / L. Demare De noche, con la luna, soñando sobre el mar, el ritmo de las olas me miente su compás. La nuit, avec la lune, je rêve sur la mer / Et le rythme des vagues me trompe sa cadence. TRENZAS (Tresses) - 1945 - Homero Expósito / Armando Pontier Trenzas, seda dulce de tus trenzas / luna en sombra de tu piel / y de tu ausencia. Tresses, la soie douce de tes tresses / Lune dans l'ombre de ta peau / De ton absence. DESPUÉS (Après) - 1944 - Homero Manzi / Hugo Guttierrez La luna en sangre y tu emoción / y el anticipo del final / en un oscuro nubarrón. La lune en sang, ton émotion / Et les prémices de la fin / Dans une obscure nuée d'orage. MILONGA TRISTE (Milonga triste) - 1936 - Homero Manzi / Sebastián Piana La luna cayó en el agua / El dolor golpeó mi pecho. La lune est tombée dans l’eau / Ma poitrine frappée de peine.

  • "COMO DOS EXTRAÑOS" (Comme deux étrangers)

    HISTOIRE D'UN AMOUR ANÉANTI Tango 1940 José María Contursi - Pedro Laurenz Premier enregistrement 1940 Juan Carlos Casas / Pedro Laurenz Autres interprétations Floreal Ruiz / José Basso - Roberto Goyeneche / Nestor Marconi Interprétation dansée Clarissa Sanchez & John Erban / Pedro Laurenz Les hispanophones curieux de la genèse de ce tango pourront lire l'intéressante chronique de Nestor Pinsón et Ricardo García Blaya dans TodoTango : "El motivo que inspiró "Como dos extraños", en partie résumée ici. Créé en 1940 avec la voix de Juan Carlos Casas et l'orchestre de Pedro Laurenz, enregistré en 1961 avec Floreal Ruiz et l'orchestre de José Basso, ce tango tombera dans l'oubli avec le déclin du tango dans les années 1960, dû en partie à l'engouement de la jeunesse pour des musiques d'autres contrées, principalement le rock. En 1989, c'est Roberto Goyeneche, avec la formation de Nestor Marconi, qui lui redonne vie, suivi par Adriana Varela, donnant lieu à une extraordinaire diffusion et une grande quantité d'interprétations. Ce tango fut emblématique de la renaissance du tango à partir des années 1990 (ce qui justifie ce petit développement historique). Sur la mélodie que lui donna Pedro Laurenz, José María Contursi, fidèle admirateur de Troilo quand il jouait au cabaret Marabú, s'inspira d'une anecdote singulière : passion amoureuse entre un employé du cabaret et une belle collègue, passion qui s'acheva brutalement un jour par l'irruption du mari de cette dernière, qui l'arracha définitivement à son idylle. Deux ans après, le garçon la retrouva derrière un comptoir de magasin, étonnamment dégradée physiquement et éteinte. Citons les auteurs de la chronique à propos de l'approche poétique de José María Contursi à partir de cette histoire : "Contursi n’eut besoin ni de princes ni de princesses, mais seulement de deux personnes très simples pour faire jaillir son inspiration, et il écrivit des paroles dépourvues de ressources mélodramatiques, subtiles et suggestives. Mais à notre avis, une clarification s'impose, les vers ne reproduisent pas l’histoire de manière linéaire, ni ne prétendent copier au plus près cette relation, l'histoire agit uniquement comme déclencheur du tango. Il n’y a donc pas de déception pour le physique de la femme, mais un dénouement plus spirituel, de douleur et d’impuissance, qui implique les deux amants, dans une rencontre devenue discorde, la fin de la passion et de la frustration qui produit toujours l’impossibilité de revenir en arrière. C’est sans doute une vision beaucoup plus romantique et poétique, une constante de toute son œuvre, quelque chose de semblable à ce que nous suggère Alfredo Le Pera avec son inoubliable "Volvió una noche"." Dépassant largement l'anecdote qui l'a inspiré, le poète chante dans la première strophe le thème classique d'une séparation amoureuse douloureuse et de la quête d'un retour, avec simplicité et délicatesse. Soulignons l'emploi de "acobardar", verbe à la signification subtile (littéralement rendre "cobarde", lâche, peureux), traduit ici par effrayé, et dans le dernier vers l'espoir d'un retour salvateur. Il évoque ensuite, dans le refrain qui sera répété à la fin, de manière allusive et distanciée, la désastreuse rencontre entre les anciens amants. Mais, si on ne connaissait pas l'histoire qui a inspiré cette chanson, comment pourrait-on interpréter les quatre premiers vers ? C'est d'ailleurs un exemple intéressant de la prudence qu'exige toute exégèse de poésie, quand il n'y a pas d'autre indication éclairante ! Ainsi, la subtilité et le caractère sibyllin de l'allusion à la rencontre auraient pu nous échapper, et " Le temps change tellement les choses" aurait pu être vu comme un truisme ! En revanche, les quatre vers suivants sont une belle formulation poétique de sentiments fréquents dans la douleur d'amour, compréhensibles sans clé de lecture. Dans la dernière strophe, il n'y a pas de subtilités d'interprétation du texte. Mais on peut remarquer que le deuxième vers pourrait se comprendre comme l'indifférence de la femme aimée retrouvée, justifiant l'anéantissement du protagoniste. Ce n'est pas conforme à l'histoire évoquée : la femme derrière son comptoir conversait vraisemblablement avec ses clients, contenait son émotion en voyant son ancien amant… Les "fantômes" peuvent être rapprochés du "spectre" dans Volvió una noche", tango de Alfredo Le Pera évoqué ci-dessus. © Traduction de Léon Lévy Bencheton (respect du rythme dans la traduction des paroles du tango)

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