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  • Léon LB, exégète et interprète de la poésie des paroles du tango

    Multiculturel, né à Tanger, totalement bilingue français-espagnol (langue maternelle), installé à Paris, passionné de musiques populaires (flamenco et folklore latino-américain), chercheur dans la culture du tango, en particulier la poésie de ses paroles. Formation et profession : mathématiques, informatique, ingénierie des systèmes d'information. Ma passion pour le tango-chanson remonte aux années 1960 avec le répertoire du légendaire Carlos Gardel. Depuis 2013, j'étudie et pratique intensément les facettes de cette culture artistique populaire (danse, musique, poésie et chant), dans le cadre d'une recherche indépendante sur la poésie des paroles du tango, focalisée sur les plus grands poètes et compositeurs du genre (période 1917 - 1980). Je traduis des tangos en français, avec une spécificité singulière : respect du rythme, ce qui permet de les réciter ou de les chanter également en français. Mon activité à ce jour est jalonnée par diverses "productions" : SEPT LIVRES Septembre 2018 - Livre bilingue "Pequeña caminata por la poesía del tango argentino - Petite promenade dans la poésie du tango argentin" (150 pages, 24 chansons), Juillet 2021 - "Poesía de luna y tango" (553 pages, 68 chansons analysées) : florilège thématique et anthologie commentée, Juillet 2021 - "Poésie de lune et tango", ma propre traduction du précédent, avec la spécificité de traduction des chansons déjà évoqué, Octobre 2024 - "El tango canta la vida - Memorias de un duende poeta" (190 pages), Octobre 2024 - "Le tango chante la vie - Mémoires d'un lutin poète", ma propre traduction du précédent. Juillet 2025 - "Poésie en rythme de tango - Florilège et anthologie commentée" (324 pages, 68 chansons analysées). Dernier (Mai 2026) – "Poesía de las letras del tango: cuando el verso pide exégesis – Ensayo" Parallèlement, j'ai publié de nombreux articles, en particulier dans le présent site bilingue : aller à Index des articles. INTERVIEWS, CONFÉRENCES, CONCERTS Septembre 2021 - Invité par Jordi Batalle RFI à propos de mon livre "Poesía de luna y tango". Décembre 2021 - Congrès virtuel de la Academia Nacional del Tango: Exposé "Discépolo - El poeta rebelde del tango" (Discépolo, le poète révolté du tango) Février 2024 - Buenos Aires, invité par Diego Rivarola, Radio La 2x4 Février 2024 - Buenos Aires, invité par Marcelo Rojas, Radio La 2x4 Dans les trois dernières années, une dizaine de conférences, la plupart avec chant bilingue, en particulier : Maison de l'Argentine (Cité Universitaire), Maison de l'Amérique Latine, IRCAM Novembre 2024 - Concert à L'Ours et la Vieille Grille (Paris 5) : "Le tango chante la vie" : Chant Léon LB / Bandonéon Olivier Manoury Décembre 2024 - Enregistrement d'un CD de même titre Février 2025 - Invité par Jordi Batalle RFI pour "El tango canta la vida" Mars 2025 - Présentation de mon livre"Le tango chante la vie" à la Maison de l'Amérique latine

  • INDEX DES ARTICLES

    El choclo (09/2022) Thème de la mère ("la vieille") dans le tango (09/2022) Discépolo, le poète révolté du tango (10/2022) Traduire "Malena" en respectant le rythme (11/2022) Traduire "La última curda" en respectant le rythme (11/2022) Le tango "Alma de bandoneón" de Discépolo (01/2023) La lune dans la poésie de Homero Manzi (02/2023) "Como dos extraños" (Comme deux étrangers)(02/2023) La lune, arquétype et source d'inspiration dans le tango (05/2023) "Vieja recova" (La vieille arcade) – Histoire d'une décadence (08/20223) Poésie du tango – Typologie et exégèse - 1 (10/2023) Poésie du tango – Typologie et exégèse - 2 (10/2023) Incendie du Café Barge, lieu de la milonga "Tango Barge" (02/2024) Le tango, une "chanson à texte" poétique qui se danse (02/2024) Buenos Aires – chronique d'un séjour (03/2024) 1917 – "Mi noche triste", le premier tango-chanson (07/2024) "Le tango chante la vie – Mémoires d'un lutin poète" (02/2025) TANGOS ÉTUDIÉS _ Écouter (07/2024) "Poésie en rythme de tango" (09/2025) Léon LB,exégète et interprète de la poésie des paroles (09/2025) 12ème SOMMET MONDIAL DU TANGO – Granada mars 2026 (05/26) Quand les paroles de tango appellent l'exégèse (05/26)

  • 1917 - "Mi noche triste", le premier tango-chanson

    On s'accorde généralement à dire que le genre du tango-chanson est né en 1917 avec "Mi noche triste" : Pascual Contursi a mis des paroles sur une musique de Samuel Castriota intitulée "Lita", sans l'autorisation de ce dernier, et Carlos Gardel a enregistré ce tango en lui changeant le titre. Dans sa chronique "Mi noche triste, el tango-canción" sur le site web Todo Tango, Néstor Pinsón explique : "Pour la première fois, un tango raconte une histoire complète, avec un début, un développement et une fin. Il va sans dire qu’il existait auparavant des tangos avec des paroles, mais leur structure était très simple et différente, et ils décrivaient le profil d’un personnage, sur un ton festif la plupart du temps : « La morocha », « Don Juan (Mozos guapos) », « El Porteñito », etc. " Dans son livre « El tango, su historia y evolución », Horacio Ferrer affirme : "Le premier tango avec des paroles fut Mi noche triste, mis en vers par Pascual Contursi... Il est écrit en langage populaire – et non en argot, comme on le prétend souvent – et constitue sans précédent une autre des ruptures radicales entre les deux guardias traditionnelles du tango : dans la Guardia Vieja, il n’y avait en effet pas de tango chanté digne d’intérêt en tant que genre." et il cite Luis A. Sierra…: "Lorsque Pascual Contursi fait son apparition sur la scène du tango, la structure de ce dernier s’en trouve profondément bouleversée. Il franchit une étape décisive en réorientant sa ligne primitive de danse "canaille". Et quelle est l’influence qui a déterminé cette transformation ? La payada. Il ne fait aucun doute que Contursi porte en lui les racines du payador." Je cite également mon livre "Poésie de lune et tango" (ma propre traduction de "Poesía de luna y tango"), p. 64 (2021 - Ed. Bookélis) : "... l'évènement marquant qui a fait le succès de la chanson, et en même temps a lancé la carrière de Carlos Gardel comme chanteur de tango, a été précisément que le chanteur légendaire choisisse "Mi noche triste" et l'enregistre. Et par-dessus tout, à cette occasion, Gardel a créé une façon de chanter le tango qui était et reste un modèle inégalé. ... on peut proposer une définition du tango-chanson sous forme d’ellipse tautologique et quelque peu provocatrice : le tango-chanson est le genre de chansons dans lesquelles les paroles ont une structure, racontent une histoire, communiquent des sentiments, de manière similaire au modèle lancé par Pascual Contursi et Carlos Gardel en 1917 avec "Mi noche triste". Après cette brève introduction historique, je me propose de présenter et commenter quelques extraits de cette poésie chantée (texte complet dans Todo Tango), et je suggère d'écouter la magnifique interprétation historique de Carlos Gardel accompagné à la guitare par José Ricardo. Dans la première strophe, l'homme introduit le sujet en exprimant son chagrin parce que la femme qu'il aimait, avec laquelle il vivait dans leur modeste chambre louée (cotorro), l'a quitté (me amuraste) ; chaque recoin et chaque objet lui rappellent des moments d'amour et de bonheur, et la douleur l'a poussé à se réfugier dans l'alcool (me encurdelo). Percanta que me amuraste en lo mejor de mi vida, dejándome el alma herida y espina en el corazón, sabiendo que te quería, que vos eras mi alegría y mi sueño abrasador, para mí ya no hay consuelo y por eso me encurdelo pa'olvidarme de tu amor. Femme tu m'as laissé tomber Dans le meilleur de ma vie, Me laissant l'âme meurtrie Et une épine dans le cœur, Tu savais que je t'aimais, Que tu étais ma joie de vivre Que tu étais mon rêve ardent, Je n'ai plus d'consolation C'est pour ça que je me soûle Pour oublier ton amour. Sa tristesse prend diverses formes touchantes, qui trahissent les sentiments d’un homme très sensible et délicat (rien à voir avec la brutalité d’un supposé voyou, comme certains le pensent !) : il apporte des petits gâteaux pour se remémorer les matés qu’ils avaient l’habitude de boire ensemble, et regrette l’absence des petites fioles décorées par la femme : Ya no hay en el bulín aquellos lindos frasquitos, adornados con moñitos todos de un mismo color. Il n'y a plus dans la piaule Ces jolies petites fioles Décorées de petits nœuds Tous de la même couleur. Dans la dernière strophe, il introduit la métaphore symbolique de la guitare enfermée qui ne sonne plus, et termine par la lampe personnifiée qui ressent cette absence et n'éclaire plus sa triste nuit. La guitarra en el ropero todavía está colgada: nadie en ella canta nada ni hace sus cuerdas vibrar. Y la lámpara del cuarto también tu ausencia ha sentido porque su luz no ha querido mi noche triste alumbrar. La guitare dans l'armoire Elle est toujours accrochée : Plus personne pour chanter Ni pour que vibrent ses cordes. Et la lampe de la chambre A ressenti ton absence Sa lumière n'a pas voulu Ma triste nuit éclairer. Autres interprétations : - Edmundo Rivero / Orquesta de Aníbal Troilo (paroles incomplètes) - Julio Sosa / Bandoneón Leopoldo Federico - Hugo del Carril / Guitarras

  • VIEJA RECOVA (La vieille arcade) Histoire d'une déchéance

    Tango 1930 Paroles : Enrique Cadícamo Musique : Rodolfo Sciammarella (mon livre Poésie de lune et tango : p. 451) Premier enregistrement 1930 Carlos Gardel / Guitares Autres interprétations Jorge Vidal / Osvaldo Pugliese - Ángel Díaz / Horacio Salgán Une interprétation dansée Fernando Sanchez & Ariadna Naveira (Pugliese - Vidal) Histoire de la rencontre improbable du narrateur, une nuit où il marchait "seul et triste" à travers des arcades ("recova"), avec une vieille mendiante en haillons, dans laquelle il reconnaît une amie de jeunesse, qu'il avait rencontrée quand elle était reine des nuits de cabaret. Rencontre qui le bouleverse, et le conduit à méditer douloureusement sur son passé. Notons que Enrique Santos Discépolo, deux ans plus tôt, avait écrit "Esta noche me emborracho (Cette nuit je me soûle)" (mon livre Poésie de lune et tango : p. 283), dont le thème est similaire : rencontre du protagoniste avec une femme qui avait été dix ans auparavant une beauté qui l’avait rendu fou d’amour et conduit à un désastre moral et social, et qui aujourd’hui est en totale déchéance, de surcroît grotesque dans son accoutrement voyant. Cadícamo commence par une petite scène avec une description allégorique assez imagée : le protagoniste, soûl, marche vite à travers des arcades, quand il perçoit sur sa gauche ("du côté du palpitant") quelque chose comme une plainte, insistant pour lui faire pitié : " le fil d'une peine … à me taillader le cœur ". Il poursuit avec la description tragique de la pauvre femme et fait allusion au dénouement avec l'image de la femme qui cache son "visage honteux", ce qu’il explicitera ensuite dans le refrain. La otra noche mientras iba caminando como un curda, tranco a tranco, solo y triste, recorriendo el veredón, sentí el filo de una pena que en el lado de la "zurda" se empeñaba traicionera por tajear mi corazón. Entre harapos lamentables una pobre limosnera sollozando su desgracia a mi lado se acercó, y al tirarle unas monedas a la vieja pordiosera vi que el rostro avergonzado con las manos se tapó. L'autre nuit j'déambulais, Je marchais comme un pochard, À grands pas, tout seul et triste, Je parcourais le trottoir, Je sentis le fil d'une peine Du côté du palpitant Qui s'obstinait furtivement À me taillader le cœur. En guenilles pitoyables Une pauvre mendigote Sanglotant son infortune Elle s'est approchée de moi, En jetant quelques piécettes À la vieille miséreuse Je vis son visage honteux Que de ses mains elle cachait. De cette scène émouvante, il reste dans sa mémoire l’image du lieu, la "vieille arcade" qui donne son titre à la chanson, et qui le conduit au mot à double sens, bien choisi, "encoignure" : au sens littéral, la mendiante est dans une encoignure de l'arcade, mais ce mot peut se comprendre, au sens figuré, comme une métaphore de l’étroitesse et l’obscurité de sa déchéance ! Plusieurs figures de style pour qualifier le naufrage de la femme : "image fatale", qui peut être comprise comme une affiche de la déchéance ? - la métaphore de la "carta brava", carte "féroce" qui lui a porté malheur - la métaphore du jeu d'osselets ("taba"), où elle n'aurait pas eu de chance ("se le dio vuelta a la taba" : littéralement "l'osselet s'est retourné", traduit ici par "son destin s'est retourné"). Vieja recova, rinconada de su vida, la encontré vieja y perdida como una muestra fatal. La mala suerte le jugó una carta brava, se le dio vuelta la taba, la vejez la derrotó. ¡Vieja recova, si vieras cuánto dolor! La vieille arcade, encoignure de sa vie, J'l'ai trouvée vieille et perdue Comme une image fatale. Car l'infortune lui a joué un mauvais tour, Son destin s'est retourné, La vieillesse l'a démolie. La vieille arcade, Si tu savais quelle douleur ! Puis il revient sur le passé, se rappelle quand elle était jeune et probablement l’une des figures des cabarets ("bringues au champagne"), peut-être un peu mythomane, car elle "brodait des fantaisies avec ses rêves de grandeur". Mais il a pitié d'elle, pour son destin si noir, que personne ne pouvait imaginer, et il souffre tellement qu’il en prend à témoin l'arcade, et s’éloigne au bord des larmes, de voir que "ce qui hier était grandeur aujourd'hui n'était que ruines". Yo la he visto cuando moza ir tejiendo fantasías con sus sueños de alto vuelo y sus noches de champán. ¡Pobrecita! quien pensara los finales de sus días y en la trágica limosna vergonzante que hoy le dan. Me alejé, Vieja recova, de su lado, ¡te imaginas, amiguita de otros tiempos, qué dolor llegué a sentir! Lo que ayer fuera grandeza hoy mostraba sólo ruinas, y unas lágrimas porfiadas no las pude desmentir. Je l'ai vue dans sa jeunesse Qui brodait des fantaisies Avec ses rêves de grandeur Et ses bringues au champagne. La pauvrette ! Qui aurait cru À une telle fin de vie, Et la pathétique aumône Humiliante qu'on lui donne. J'n'ai pas pu rester près d'elle, Vieille arcade, tu imagines, Une copine d'autrefois, La douleur que j'ai sentie ! Ce qui hier était grandeur Aujourd'hui n'était que ruines, Je n'ai pas pu retenir Quelques larmes obstinées.

  • Incendie du Café Barge, lieu de la milonga parisienne Tango Barge

    Le 22 janvier 2024, un incendie (non accidentel !) a détruit le Café Barge, ce bateau-restaurant amarré sur la Seine qui accueillait chaque mois depuis 2013 la milonga TANGO BARGE (organisée par Léon LB pour l'association ACTANGO). C'est un désastre, mais je suis déterminé à relancer notre milonga, tout en étant conscient de la difficulté de la tâche (trouver un restaurant élégant où l'on puisse danser, assez central, ...). En attendant, je ne peux résister à l’envie d’exprimer mon émotion (avec l’aide d’un ami) à travers un texte de tango bilingue, inspiré de la musique du célèbre tango Melodía de arrabal : TANGO BARGE MUST GO ON! Barco donde el tango resuena, rumores de milonga y el arrullo del Sena. Las orquestas bien mistongas Con sus fueyes que rezongan, mientras que las parejas bailan la inspiración, sus síncopas dejan su poesía y su emoción. ¡Barco, barco! ¿Quién te hizo tanto mal, que ya no podés bailar? Llamas, ruinas, ¡los abrazos cariñosos nos han querido borrar! ¡Viejo barco! Que - otra vez sobre tu muelle nos volvamos a encontrar. ¡Que tu encanto sobre el Sena donde el tango siempre suena, otra vez te haga bailar! Barge où le tango se donne, Caressée par la Seine, Quand la milonga sonne. Les orchestres nous ramènent Des musiques qui nous emmènent. Les couples enlacés Avec inspiration, Aux rythmes syncopés, Ils dansent leur émotion Barge, Barge, Qui t’a voulu tant de mal Qui t’empêche de danser ? Flammes, cendres, Tous ces abrazos si tendres On a voulu effacer ! Ma vieille Barge ! Nous reviendrons sur ton quai Nous allons nous retrouver. Que, au charme de la Seine, La passion tango revienne, A nouveau te faire danser !

  • (1) POÉSIE DU TANGO: TYPOLOGIE ET EXÉGÈSE

    Cet exposé est un extrait de l’article que j’ai publié dans le site web Academia.edu, sous le titre (espagnol) “Poesía de las letras del tango: ¿exégesis o no exégesis?”. Le plan est le suivant : - Les paroles du tango sont-elles de la poésie ? sont-elles poétiques ? - Une typologie pour l’analyse des paroles du tango - Illustrations de la classification : 33 chansons, 98 extraits Dans cet article, pour des raisons de volume, une première partie des illustrations est présentée : les citations de cinq paroliers. Celles des sept autres seront présentées dans un prochain article. Les paroles du tango sont-elles de la poésie ? sont-elles poétiques ? On admet très généralement que les paroles d’un nombre important de tangos sont remarquables par leur force littéraire, les descriptions, les récits et les sentiments qu’elles expriment, aussi parce qu’elles sont "poétiques". On parle donc fréquemment de la poésie des paroles de tango, écrites par un nombre relativement faible (si l’on considère, pour un auteur, le niveau littéraire combiné avec le caractère prolifique) d’auteurs ou de paroliers, et notamment (ordre de date de naissance) : - José González Castillo (1885 - 1937) - Pascual Contursi (1888 - 1932) - Celedonio Flores (1896 - 1947) - Alfredo Le Pera (1900 - 1935) - Enrique Cadícamo (1900 - 1999) - Enrique Santos Discépolo (1901 - 1951) - Cátulo Castillo (1906 - 1975) - Homero Manzi (1907 - 1951) - José María Contursi (1911 - 1972) - Homero Expósito (1918 - 1987) - Horacio Ferrer (1933 - 2014) - Eladia Blázquez (1931 - 2005) Pour éviter des confusions ou des malentendus, je m’appuie sur un extrait du Diccionario de la Real Academia Española (RAE), que je traduis ici : "POÉSIE 1. f. Manifestation de la beauté ou du sentiment esthétique au moyen de la parole, en vers ou en prose. ……. 6. f. Idealité, lyrisme, qualité qui suscite un sentiment profond de beauté, manifeste ou non, au moyen du langage. 7. ……." "POÉTIQUE 1. ………. 2. adj. Qui manifeste ou exprime fortement les qualités propres de la poésie, spécialement celles de la poésie lyrique. 3. adj. Qui participe des qualités de l’idéalité, spiritualité ou beauté propres de la poésie. 4. ……." Concrètement, je donne la primauté à l’adjectif "poétique" sur le substantif "poésie", aux émotions sentimentales, esthétiques, philosophiques, etc. sur la métrique et les rimes. En d’autres termes, je dirais que le tango-chanson n’est pas de la poésie chantée, mais c’est du chant poétique, même lorsqu’il ne respecte pas les règles formelles de la poésie classique. Il me semble donc légitime de parler de poésie et de poètes du tango. Pour plus de précision, je cite un paragraphe de mon livre "Poésie de lune et tango" (voir la section livres de ce site) : " Les paroles de tango ne sont pas de la poésie, mais contiennent de la poésie Précisons que les chansons du genre - ou du moins les plus grandes - ne sont pas des poésies musicales ni des musiques auxquelles on ajoute des paroles, mais plutôt le résultat d’une collaboration étroite entre le compositeur et le parolier, quel que soit celui qui a lancé le processus. Ainsi, dans certaines circonstances, ils parviennent à dépasser la méthode de création et à atteindre un niveau "d’anthologie". Quoi qu’il en soit, le rythme commande, les paroles fusionnent avec lui, ce qui permet ensuite aux chanteurs le phrasé ("fraseo") si caractéristique du tango. Pour cette raison, les paroles de tango ne sont pas purement des poésies, mais de fait elles portent les figures de style de la poésie (anaphores, métaphores, ellipses, allégories, oxymores, etc.) : on en trouve de nombreux exemples dans les exégèses de la section B. On n’analyse pas non plus la métrique, extrêmement variable entre les chansons et même à l’intérieur d’une même chanson, ni les rimes, aussi très variables, et cela pour les raisons déjà présentées : les vers doivent avant tout cadrer avec la musique et sa complexité. Citons à ce propos simplement Homero Expósito : "Celui qui naît avec la cadence n’a pas besoin de rimes". " Cet aphorisme d'Expósito parle de rimes, mais évoque peut-être implicitement la métrique, dont la grande variabilité est due principalement au rythme de la musique. Pour préciser cette question, j’ajoute un avis de l’académicien argentin Oscar Conde dans son article "La poética del tango como representación social" (Academia.edu), dans lequel il cite à son tour Maria Susana Azzi. " Mais la musique accompagnée de paroles -surtout s'il s'agit de paroles de bon niveau- a multiplié ses chances. Il existe même de nombreux tangos musicalement très pauvres, qui ont perduré par leurs paroles, tout comme il y a, bien sûr, des cas inverses. Les paroles de tango reflètent un ensemble de sous-entendus ou de complicités qui déterminent une sorte de caractère social. Selon Maria Susana Azzi, "Les paroles octroient à ceux qui les écoutent et les connaissent par cœur une tradition sur qui ils sont, ce que signifient le quartier, la ville et le passé, ce qu'ils peuvent attendre de la vie et combien de frustrations les attendent au coin de la rue. La boîte aux lettres, l'épicerie, le lampion et la lune ne sont pas seulement une partie d’une description géographique urbaine, ils portent une signification émotionnelle qui s'avère transcendante pour un jeune homme de quartier : c'est la force vitale du passé et de relations interpersonnelles qui lui donnent une identité personnelle et culturelle." Toutefois, pour relativiser les discussions sur la poésie et le poétique, je conclus cette introduction par une sentence de Federico Garcia Lorca : "Ni moi ni aucun poète ne savons ce qu’est la poésie" ("Ni yo ni ningún poeta sabemos lo que es la poesía"). Une typologie pour l'analyse des paroles du tango Mon travail intense depuis 2015 pour traduire les paroles en français, avec la volonté originale de respecter le rythme, m’a conduit à des analyses approfondies de nombreux vers, et m’a conduit à écrire des exégèses dans le livre évoqué. Mais au-delà de mon expérience personnelle, je suis convaincu que les paroles des meilleurs tangos doivent être analysées, commentées et partagées avec les lecteurs et/ou auditeurs non spécialistes ; peut-être aussi avec quelques experts ouverts, comme une proposition de lecture, où ils choisiront ce qui leur semble pertinent et peut-être singulier, et passeront rapidement sur le reste. Des exégèses, pourquoi ? Pour traduire le Lunfardo, souligner la poésie et/ou la force des vers en langue de tous les jours, le rythme, la musique, partager l’émotion, expliquer les points obscurs ou les références littéraires, mettre en évidence et analyser les figures de style, notamment les plus remarquables, commenter certaines expressions étranges, etc. Mais évidemment, tous les vers ne méritent pas des analyses profondes et subtiles, ou plutôt certains le méritent plus que d’autres ! Cherchant des critères pour choisir les vers qui ont le plus besoin d’exégèse, je suis arrivé progressivement (avec des allées et retours entre de nombreuses œuvres) à dégager deux axes de classification qui se combinent : l’intensité évocatrice et d’émotion, d’une part, la difficulté de compréhension, d’autre part. Ce dernier critère -le plus simple- sert à distinguer entre une expression simple dans son vocabulaire et sa syntaxe, comme par exemple " Je n'en peux plus qu'il n'y ait rien à manger / Ni de t'entendre dire autant de conneries. /" ("No puedo más pasarla sin comida ni oírte así, decir tanta pavada." - "Que vachaché" - Discépolo) et, à l’autre extrémité, une autre beaucoup plus allusive et opaque comme "Avec le vin et le pain du triste tango qu'Arolas aurait tu près de la boue fatiguée de son front [ Traduction sous réserve, justement à cause de l'opacité du vers.]" ("Con vino y pan del tango tristísimo que Arolas callara junto al barro cansado de su frente" - "La última grela" - Horacio Ferrer). En revanche, l’intensité évocatrice et d’émotion est un critère plus subtil car s'y mélangent deux idées : le degré rhétorique (que j’ai introduit dans mon exposé de décembre 2021 au congrès de l’Académie Nationale du Tango), qui qualifie le niveau d’utilisation de figures de style, d’une part, la force de la transmission d’images, d’émotions, d’atmosphères, etc., d’autre part. Le degré rhétorique indique ce que l’on pourrait appeler la distance rhétorique entre l’idée à communiquer et la forme littéraire à utiliser : du langage direct (la prose) aux allégories, paraboles et /ou expressions étranges ou obscures, en passant par les métaphores, anaphores, anastrophes, etc. La force de transmission d'images, d'émotions, d'atmosphères, peut être considérée indépendamment du degré rhétorique, comme une force poétique amplifiée par la musique. Exemples : - Dans "Je l'ai vue dans sa jeunesse, qui brodait des fantaisies avec ses rêves de grandeur et ses bringues au champagne." ("Yo la he visto cuando moza ir tejiendo fantasías con sus sueños de alto vuelo y sus noches de champán" - "Vieja recova"), Discépolo évoque une époque, un lieu, une ambiance un personnage, sans figures de style. - Dans "Les deux en cuite, et dans la tristesse mièvre, celle que me donne l'ivresse, je te demande, mon amour, de me chanter comme avant, doucement, tout doucement, ta chanson encore une fois…" (" Los dos en curda y en la pena sensiblera que me da la borrachera yo te pido, cariñito, que me cantes como antes, despacito, despacito, tu canción una vez más..." - "Una canción"), Cátulo Castillo nous communique l'émotion de cet homme et son évocation du passé du couple, sans figures de style. Bien évidemment, cette force poétique peut également se combiner avec des figures de style. Exemples : - Dans "Carrefour d’un quartier portègne, tes murs sont repeints de lune et soleil. Te pleurent les pluies de l'hiver dans les aquarelles de mon évocation." ("Esquina de barrio porteño te pintan los muros la luna y el sol / Te lloran las lluvias de invierno en las acuarelas de mi evocación" "Esquinas porteñas"), Manzi peint un lieu et transmet une nostalgie avec trois métaphores en quatre vers. - Dans "Éternelle et vieille jeunesse, qui m'a laissé tout apeuré, comme un oiseau sans lumière.", (Eterna y vieja juventud que me ha dejado acobardado como un pájaro sin luz" (Naranjo en flor), Homero Expósito nous fait entrer dans la douleur et la frustration du protagoniste à l'aide d'un oxymore et d'une métaphore. Dans un souci de simplicité, je mélange les deux idées dans un seul critère composé : le DEGRÉ POÉTIQUE. En résumé, il y a donc deux critères pour évaluer la nécessité d'analyse et de commentaire : - Le Degré Poétique, avec 3 niveaux croissants : D1, D2, D3, - La difficulté de compréhension, avec 3 niveauxcroissants : C1, C2, C3 Ils se combinent en 9 niveaux de besoin d'exégèse : D1C1, D1C2, D1C3, D2C1, …, D3C1, … D3C3. Ainsi, si l'analyse et le commentaire ne s'imposent pas au niveau D1C1, ils sont, à mon avis nécessaires au niveau D3C3. Dans ce qui suit, j'illustre cette classification avec 98 extraits (dans l'article complet : 150) de 33 chansons (dans l'article complet : 53) des poètes du tango mentionnés, en indiquant leur classification, et en suggérant ce qui, à mon avis, mérite d'être analysé et commenté sur l'aspect littéraire. Nota bene - Je n'oublie nullement l'importance capitale de la musique associée, mais il serait trop compliqué de développer ici cet aspect essentiel. En revanche, j'indique pour chaque tango cité une interprétation pour donner une idée de la musique à ceux qui ne les connaissent pas bien (mis à part Carlos Gardel, je choisis souvent ici les interprétations de Roberto Goyeneche, en raison de son talent exceptionnel, mais aussi parce qu'il est l'un des rares à chanter l'intégralité des paroles). Illustrations de la classification (Poètes présentés par ordre de date de naissance, œuvres ordonnées chronologiquement. Les traductions des vers sont pour la plupart celles du livre, faites pour respecter le rythme de la musique). José González Castillo (1885 - 1937) Organito de la tarde - 1923, musique de Cátulo Castillo (interpret. Carlos Gardel / Guitarras) "Au pas qui traîne d'un pauvre vieux / Peuple de notes tout le quartier, / Dans un concert de verres cassés, / Le limonaire crépusculaire." ("Al paso tardo de un pobre viejo / puebla de notas el arrabal, / con un concierto de vidrios rotos, / el organito crepuscular. /") : puisssance de l'image et de l'atmosphère communiquées en quatre vers, avec l'unique, mais très réussie, métaphore du verre brisé. (D3C1) "Dans les notes de cette musique / Il y a je n'sais quelle vague sensation / Le quartier semble / Tout entier imprégné d'émotion." ("En las notas de esa musiquita / hay no sé que vaga sensación / que el barrio parece / impregnarse todo de emoción. /") : puissance évocatrice d'atmosphère et de sentiments, sans aucune figure de style. (D3C1) Griseta -1924, musique de Enrique Delfino (interpret. Carlos Gardel / Guitarras) "Rare mélange de Musette et de Mimi / Des caresses de Rodolphe et de Schaunard, / C'était la fleur de Paris / Qu'un rêve romanesque mena dans le faubourg..." ("Mezcla rara de Museta y de Mimí / con caricias de Rodolfo y de Schaunard, / era la flor de París / que un sueño de novela trajo al arrabal...") : souligner et expliquer les références à des personnages de la bohême française. (D2C3) " Mais la froide indigence de ce faubourg / A épuisé l'innocence de sa foi, / Sans rencontrer son Duval, / Son cœur s'est desséché, de même qu'un muguet." ("Mas la fría sordidez del arrabal, / agostando la pureza de su fe, / sin hallar a su Duval, / secó su corazón lo mismo que un muguet…": expliquer l'évocation de Duval, souligner la dure image du quartier, le sens allusif de "l'innocence de sa foi", expliquer le symbole du muguet dans la tradition française, et souligner la triste métaphore correspondante. (D3C3) Pascual Contursi (1888 - 1932) Mi noche triste - 1917, musique de Samuel Castriota (interpret. Carlos Gardel / Guitarras) " Femme tu m'as laissé tomber / Dans le meilleur de ma vie, / Me laissant l'âme meurtrie / Et une épine dans le cœur, /" ("Percanta que me amuraste / en lo mejor de mi vida, / dejándome el alma herida / y espina en el corazón, /") : à part la métaphore commune de l'épine dans le cœur, langage simple pour raconter une histoire, sachant que ce tango est considéré comme le premier du genre tango-chanson. (D2C1) "Il n'y a plus dans la piaule / Ces jolies petites fioles / Décorées de p'tits lacets / Tous de la même couleur." ("Ya no hay en el bulín / aquellos lindos frasquitos, / adornados con moñitos / todos de un mismo color. /") : encore plus prosaïque et banale que la précédente, mais elle donne une indication de sensibilité et de délicatesse, peu compatible avec l'hypothèse que le personnage serait un voyou. (D1C1) Celedonio Flores (1896 - 1947) Mano a mano - 1923, musique de Carlos Gardel y José Razzano (interpret. Gardel / Guitarras) " Ta présence bienveillante réchauffait ma petite piaule / Tu étais bonne et constante, et je sais que tu m'aimais / Comme tu n'as jamais aimé, comme tu n'aimeras jamais. /" ("Tu presencia de bacana puso calor en mi nido, / fuiste buena, consecuente, y yo sé que me has querido / como no quisiste a nadie, como no podrás querer. /": aucune figure de style dans ces vers, sachant que Celedonio Flores s'enorgueillissait de son style et de son Lunfardo destinés au peuple des faubourgs. On peut souligner l'éloge de la jeune fille et la douloureuse nostalgie du temps passé. (D1C1) " Souviens-toi de cette époque, tu étais une pauvre fille / Tu feintais la pauvreté / dans ta chambre de pension." ("Se dio el juego de remanye cuando vos, pobre percanta, / gambeteabas la pobreza en la casa de pensión; /") : le Lunfardo ici nécessite explication, et la métaphore sur la pauvreté de la fille mérite une interprétation, en même temps que la mention de la "chambre de pension". D2C2 "La milonga des rupins et ses folles tentations, / Où triomphent et claudiquent des vanités de danseurs, /" ("La milonga entre magnates con sus locas tentaciones, / donde triunfan y claudican milongueras pretensiones. /") : la force d'un portrait méprisant et venimeux, en deux vers, de ce milieu de riches et de milongueros, dans lequel la femme aimée est entrée... (D1C2) Alfredo Le Pera (1900 - 1935) Melodía de arrabal - 1932, musique de Mario Battistella y Alfredo Le Pera (interpret. Gardel / Guitarras) "Quartier argenté par la lune, / Des rumeurs de milongas / C'est toute sa fortune. /" ("Barrio plateado por la luna, / rumores de milonga / es toda su fortuna. /" ) : deux belles métaphores pour transmettre l'atmosphère du quartier pauvre par une image de lumière et la musique. (D2C1) "Barrio, … barrio / toi qui a l'âme craintive d'un moineau sentimental" ("Barrio... barrio / que tenés el alma inquieta / de un gorrión sentimental. :": plainte nostalgique avec la métaphore du moineau qui mérite interprétation. (D2C2) Arrabal amargo - 1935, musique de Carlos Gardel (interpret. Carlos Gardel / Orq. Terig Tucci) "Tes ombres torturent / Mes heures sans sommeil / Et ta nuit s'enferme / Dans mon pauvre coeur. /" ("Tus sombras torturan / mis horas sin sueño, / tu noche se encierra / en mi corazón /") : langage simple pour communiquer la douleur amoureuse du protagoniste, avec deux figures de style : personnification des ombres (en plus de la personnification du quartier, auquel il s'adresse) ; métaphore de la nuit enfermée dans le cœur. (D2C1) "Maintenant vaincu, / Je traîne mon âme, / Cloué à tes rues / Comme à une croix." ("Y ahora, vencido, / arrastro mi alma, / clavao a tus calles / igual que a una cruz. /") : expressión claire d'une douleur très forte, avec l'allégorie du calvaire de la croix. (D2C1) Volver - 1935, musique de Carlos Gardel (interpret. Carlos Gardel / Orq. Terig Tucci) "Volver, avec le front fané, / Les neiges du temps argentent mes tempes" /" ("Volver, / con la frente marchita, / las nieves del tiempo / platearon mi sien. /") : superbes métaphores pour faire allusion au temps passé. (D3C1) "Sentir que la vie est un souffle / Que vingt ans ce n'est rien / Que le regard fébrile / Errant dans les ombres / Te cherche et te nomme." ("Sentir, que es un soplo la vida, / que veinte años no es nada, / que febril la mirada / errante en las sombras / te busca y te nombra. /") : avec des paroles et des métaphores simples, il transmet à la fois une réflexion "philosophique" et le chagrín désespéré pour ce qui a été perdu. (D3C1) Enrique Cadícamo (1900 - 1999) Vieja recova - 1930, musique de Rodolfo Sciammarella (interpret. Carlos Gardel / Guitarras) " … J'ai senti le fil d'une peine / du côté du palpitant / Qui s'obstinait furtivement / à me taillader le cœur. /" ("… sentí el filo de una pena / que en el lado de la "zurda" / se empeñaba traicionera / por tajear mi corazón. /") : trois métaphores et la personnification du chagrin qui "s'obstinait …" communiquent l'atmosphère de cette petite tragédie ; et la métaphore lunfarde " del lado de la zurda ", traduite ici par " du côté du palpitant " mérite d'être expliquée à de nombreux lecteurs hispanophones. (D3C2) " Car l'infortune / lui a joué un mauvais tour, / Son destin s'est retourné, / La vieillesse l'a démolie. /" ("La mala suerte / le jugó una carta brava, / se le dio vuelta la taba, / la vejez la derrotó. /") : deux métaphores de jeux de hasard pour résumer le destin de la mendiante. (D2C1) Madame Ivonne - 1933, musique de Eduardo Pereyra (interpret. Carlos Gardel / Guitarras) " Mademoiselle Yvonne était une petite / Qui dans le vieux quartier de la butte Montmartre, / Avec sa frimousse de joyeuse grisette, / Animait la fête au bal des Quat’z’arts." ("Mamuasel Ivonne era una pebeta / que en el barrio posta del viejo Montmart, / con su pinta brava de alegre griseta, / animó la fiesta de Les Quatre Arts. /" : pas de procédé rhétorique, mais la présentation d'un personnage dans un lieu lointain et mythique, et la référence à cette fête d'étudiants doit être expliquée à la plupart des lecteurs hispanophones. (D1C2) "Alouette grise, / Ton chagrín me bouleverse / Ta peine est de neige / Madame Yvonne. / ("Alondra gris, / tu dolor me conmueve, / tu pena es de nieve… / Madam Ivonne. /" : souligner la comparaison de la femme avec une alouette et la signification du gris, l'émotion du narrateur, et proposer une interprétation de la belle métaphore de la "peine de neige". (D2C2) Niebla del Riachuelo - 1937, musique de Juan Carlos Cobián (interpret. Goyeneche / Raúl Garello) "Ombres qui s'allongent dans la nuit de la douleur; / Naufragés du monde qui ont vu sombrer leur coeur. /"("Sombras que se alargan en la noche del dolor; / náufragos del mundo que han perdido el corazón.../") : atmosphère dramatique avec deux puissantes métaphores: les ombres (des bateaux ?) s'allongent dans la nuit symbolique de la douleur ; les naufragés de la vie : au-delà des marins du thème ? (D3C2) "Brume du Riachuelo ! / Amarré au souvenir / Moi je l'attends encore … / Brume du Riachuelo ! / De cet amour à jamais / Chaque jour tu m'éloignes … /" (¡Niebla del Riachuelo! / Amarrado al recuerdo / yo sigo esperando... / ¡Niebla del Riachuelo!... / De ese amor, para siempre, / me vas alejando… /") : personnification de la brume du Riachuelo dans la plainte émouvante du marin. (D2C1). "Rêve marinier de ta vieille embarcation, / Bois ta nostalgie dans le silence du bistro./" ("Sueña, marinero, con tu viejo bergantín, / bebe tus nostalgias en el sordo cafetín, /") : une seule métaphore, en deux vers qui communiquent l'image d'un triste destin et d'une émotion. /" (D2C1) "Triste caravane sans destin ni illusion, / Comme le bateau de la bouteille du bistro. / ("Triste caravana sin destino ni ilusión, / como un barco preso en la "botella del figón"... /") : transmet un sentiment de désespoir et d'enfermement avec la métaphore de la "bouteille du bistro", qui mérite en tant que telle d'être expliquée... (D2C2) Garúa -1943, música de Aníbal Troilo (interpret. Goyeneche / Piazzolla) Quelle nuit pleine d'ennui et de froid ! / Le vent apporte une étrange complainte. / La nuit ressemble à un puits de ténèbres / Et moi dans l'ombre je marche, me traîne ! /" (" ¡Qué noche llena de hastío y de frío! / El viento trae un extraño lamento. / ¡Parece un pozo de sombras la noche… / y yo en la sombra camino muy lento… / " : avec deux métaphores simples mais intenses ("complainte du vent", "puits de ténèbres") et un langage direct, il évoque un lieu, une atmosphère, et fait allusion au désespoir du protagoniste. (D3C1) "Garúa ! Seul et triste sur ce ce pavé / Se traîne ce coeur traversé / Par une tristesse de masure. (/"¡Garúa! / Solo y triste por la acera / va este corazón transido / con tristeza de tapera. /") : L'audacieuse et réussie figure de style mérite d'être soulignée ; elle donne une idée de la douleur du narrateur. (D2C1) ... PROCHAIN ARTICLE : LES 7 AUTRES AUTEURS ... N'hésitez-pas à réagir : ici, ou par mail à leon.levybencheton@gmail.com

  • (2) POÉSIE DU TANGO: TYPOLOGIE ET EXÉGÈSE

    Les deux parties de cet exposé sont extraites de l’article que j’ai publié dans le site web Academia.edu, sous le titre (espagnol) “Poesía de las letras del tango: ¿exégesis o no exégesis?”. Est reprise pour mémoire dans cette deuxième partie la présentation de la classification à deux critères (on se reportera au premier article pour l'explication complète de la démarche, nécessaire à la bonne compréhension du sujet). Dans le premier article, les citations de cinq paroliers sont exposées (en maigre ci-dessous). On présente ici celles des sept autres (en gras). - José González Castillo (1885 - 1937) - Pascual Contursi (1888 - 1932) - Celedonio Flores (1896 - 1947) - Alfredo Le Pera (1900 - 1935) - Enrique Cadícamo (1900 - 1999) - Enrique Santos Discépolo (1901 - 1951) - Cátulo Castillo (1906 - 1975) - Homero Manzi (1907 - 1951) - José María Contursi (1911 - 1972) - Homero Expósito (1918 - 1987) - Horacio Ferrer (1933 - 2014) - Eladia Blázquez (1931 - 2005) Rappel de la typologie proposée pour l'analyse des paroles du tango ................................................ En résumé, il y a donc deux critères pour évaluer la nécessité d'analyse et de commentaire : - Le Degré Poétique, avec 3 niveaux croissants : D1, D2, D3, - La difficulté de compréhension, avec 3 niveauxcroissants : C1, C2, C3 Ils se combinent en 9 niveaux de besoin d'exégèse : D1C1, D1C2, D1C3, D2C1, …, D3C1, … D3C3. ..................................... Nota bene - Pour donner une idée de la musique à ceux qui ne les connaissent pas bien (mis à part Carlos Gardel, je choisis souvent ici les interprétations de Roberto Goyeneche, en raison de son talent exceptionnel, mais aussi parce qu'il est l'un des rares à chanter l'intégralité des paroles). Illustrations de la classification (suite) (Poètes présentés par ordre de date de naissance, œuvres ordonnées chronologiquement. Les traductions des vers sont pour la plupart celles du livre, faites pour respecter le rythme de la musique). Enrique Santos Discépolo (1901 - 1951) ¿Qué vachaché? - 1926, paroles et musique (interpret. Tita Merello / Orq?) " Je n'en peux plus qu'il n'y ait rien à manger / Ni de t'entendre dire autant de conneries. / Tu t'rends pas compte que tu es un paumé ? /" (No puedo más pasarla sin comida / ni oírte así, decir tanta pavada. / ¿No te das cuenta que sos un engrupido? /") : ni métaphore ni difficulté d'interprétation, mais représentatif de la révolte d'une femme contre son homme, qui est hors de la réalité. (D1C1) " Le véritable amour s'est noyé dans la soupe, / Le ventre est roi et l'argent est Dieu. /" ("El verdadero amor se ahogó en la sopa: / la panza es reina y el dinero Dios. /") : trois métaphores, la première brutale et imagée, la deuxième prosaïque, la troisième blasphématoire. (D3C1) Yira Yira - 1930, paroles et musique (interpret. Carlos Gardel / Guitarras) " Lorsque la chance cette salope / Te lâche et te jette, Au bord de la route ; / Quand tu seras dans la dèche, / Sans but et désespéré ; /" ("Cuando la suerte qu'es grela, / fallando y fallando / te largue parao; / cuando estés bien en la vía, / sin rumbo, desesperao /") : Hormis l'explication - essentielle pour ceux qui ne connaissent pas le Lunfardo - de la métaphore "la suerte qu'es grela", tout est clair, mais on peut souligner la puissance descriptive de ces cinq petits vers. (D2C1) " L’indifférence du monde, / Qui est sourd et muet, / Enfin tu verras. /" ("La indiferencia del mundo / -que es sordo y es mudo- / recién sentirás. / Verás que todo es mentira, / verás que nada es amor, / que al mundo nada le importa.../ ¡Yira!... ¡Yira! /": Ni figure de style, ni difficulté de compréhension, c'est pourtant le message philosophique central, qui doit être commenté. (D1C1) Cambalache - 1934, letras y música (interpret. Ernesto Fáma / Francisco Canaro) " Plus d’redoublants, plus d'hiérarchie, / Les immoraux sont nos égaux. /" ("No hay aplazaos, ni escalafón, / los inmorales nos han igualao. /": deux vers simples, directs et sans rhétorique, mais un message moral idiosyncrasique de Discépolo. (D1C1) " Si l'on vit dans l’imposture, / Si l'on vole par ambition, / Alors qu'importe qu'on soit curé, / Matelassier ou roi de "bastos", / Culotté ou clandestin. /" ("Si uno vive en la impostura / y otro roba en su ambición, / da lo mismo que sea cura, / colchonero, rey de bastos, / caradura o polizón… /") : les deux premiers versets donnent le message moral, les suivants l'illustrent en des termes qui méritent d'être expliqués et commentés(D2C2) "Mêlés avec Stavisky on a Don Bosco / Et "La Mignón", / Don Chicho et Napoléon, / Carnera et San Martin. /" ("Mezclao con Stavisky va Don Bosco / y "La Mignón”, / Don Chicho y Napoleón, / Carnera y San Martín… /") : références à des personnages de l'actualité ou de l'histoire, certains de mauvaise réputation, d'autres célèbres pour leur courage ou leurs actes, qui ont besoin d'être expliquées et commentées. (D2C3) " Comme dans la vitrine irrespectueuse / De ces bric-à-brac / La vie s’est emmêlée, / Et blessée par un sabre déglingué / Tu vois pleurer une Bible / Près d’une chaudière. /" (" Igual que en la vidriera irrespetuosa / de los cambalaches / se ha mezclao la vida, / y herida por un sable sin remache / ves llorar la Biblia / junto a un calefón.../") : l'allégorie du bric-à-brac mérite d'être soulignée, et une hypothèse explicative peut être ajoutée à la métaphore de la bible. (D3C2) Tormenta - 1939, paroles et musique (interpret. Ernesto Fáma / Francisco Canaro) " Hurlant au milieu des éclairs, / Perdu dans la tempête / De ma nuit interminable, / Dieu ! / Je cherche ton nom… / ("¡Aullando entre relámpagos, / perdido en la tormenta / de mi noche interminable, / ¡Dios! busco tu nombre... /") : métaphores des éclairs et de la tempête, métaphore désespérée de la recherche du nom, impressionnante synthèse du thème dans cette introduction sans difficulté de compréhension. (D3C1) " Ce que tu m'as enseigné / Ne servirait pas à vivre ? / Je sens bien que ma foi est chancelante, / Car les gens mauvais vivent Dieu ! / Bien mieux que moi… /" ("¿Lo que aprendí de tu mano / no sirve para vivir? / Yo siento que mi fe se tambalea, / que la gente mala, vive / ¡Dios! mejor que yo…/") : ce cri douloureux et clair de son doute, sans figure de style, mérite d'être souligné. (D1C1) " Montre-moi une fleur qui ait pu naître de l'effort / de te suivre Dieu ! / Pour n'pas haïr / Le monde qui me méprise / Car je ne sais pas voler… /" ("Enseñame una flor / que haya nacido / del esfuerzo de seguirte, / ¡Dios! para no odiar: / al mundo que me desprecia / porque no aprendo a robar.../) : ces vers résument tout, sous une forme rhétorique presque imagée (parabole ?) avec la fleur. (D3C2) Cafetín de Buenos Aires - 1948, musique de Mariano Mores (interpret. Edmundo Rivero / Aníbal Troilo) " J’étais tout môme, et je te regardais / Comme ces choses que l'on n'atteint jamais… / Le pif contre la vitre, / Dans le bleu de ce froid, / Le seul qui soit resté, / Semblable au mien… /" ("De chiquilín te miraba de afuera / como a esas cosas que nunca se alcanzan; / La ñata contra el vidrio, / en un azul de frío, / que sólo fue después viviendo, / igual al mío. /") : personnification du café à qui s'adresse le protagoniste, image du petit garçon avec le nez collé à la vitre, mais beauté et mystère des trois derniers vers, et par conséquent interprétation nécessaire. (D3C2) " Comme une école des choses de la vie / Déjà tout jeune tu m'as fait découvrir / La cigarette, la force des rêves / Mon espérance d’amour. /" ("Cómo olvidarte en esta queja, / cafetín de Buenos Aires, / si sos lo único en la vida / que se pareció a mi vieja. /") : force évocatrice du lieu mythique, sans figure de style, comparé à rien moins que la mère, nécessite un commentaire en relation avec la biographie de l'auteur.(D3C1) " Entré dans le chagrin, / J’ai noyé mes années / Et me suis rendu sans me battre. /" ("Nací a las penas, / bebí mis años, / y me entregué sin luchar. /" : deux métaphores réussies, qui disent tout du chagrín d'amour quand il mène à l'alcool et à la déchéance. (D2C1) El choclo - 1948, música de Ángel Villoldo (interpret. Raúl Berón / Aníbal Troilo) " Avec ce tango qui est moqueur et fanfaron, / L’ambition de mon vieux faubourg prit son envol. / Avec ce tango est né le tango, et comme un cri / Il a quitté le quartier glauque cherchant le ciel. /" ("Con este tango que es burlón y compadrito, / se ató dos alas la ambición de mi suburbio. / Con este tango nació el tango, y como un grito / salió del sórdido barrial buscando el cielo. /") : à l'exception de la métaphore de l'envol (plutôt osée : dans la version originale "s'est attaché deux ailes" !), langage direct et clair pour introduire l'épopée du tango en forme de fable. (D3C2) " Mélange de rage, de douleur, de foi, d’absence, / Qui pleure dans l’innocence d'un rythme capricieux. /" ("Mezcla de rabia, de dolor, de fe, de ausencia, / llorando en la inocencia de un ritmo juguetón. /") : en deux vers puissants et sans rhétorique, il chante la souffrance du peuple en rythme de tango. (D3C1) " Par son miracle de notes inspirées, / Sont nées sans crier gare gonzesses et greluches / Lune dans les flaques, canyengue dans les hanches, / Élan sauvage dans la manière de se donner… /" ("Por su milagro de notas agoreras, / nacieron sin pensarlo las paicas y las grelas, / luna en los charcos, canyengue en las caderas / y un ansia fiera en la manera de querer... /") : allégorie pour opposer l'énergie amoureuse et sensuelle à la misère symbolisée par la lune dans les flaques, un archétype remarquable qui a été utilisé par plusieurs poètes de tango. (D3C2) " Et aujourd’hui…ma mère absente… / Je sens qu’elle vient tout doucement pour m’embrasser / Lorsque ton chant / naît dans le son d’un bandonéon. /" ("Hoy que no tengo / más a mi madre… / siento que llega en punta 'e pie para besarme/ cuando tu canto nace al son de un bandoneón. /") : la mère, personnage centrale, bien qu'elle soit norte, revient à la pensé du narrateur avec l'émotion du chant. (D2C1) " Messe de jupes, de gaz, balafres et couteaux / Brûlant les conventillos et brûlant dans mon cœur. /" ("¡Misa de faldas, querosén, tajo y cuchillo, / que ardió en los conventillos y ardió en mi corazón! /") : commenter et expliquer la métaphore religieuse utilisée pour peindre cette société de misère et de violence. (D3C2) Cátulo Castillo (1906 - 1975) Caserón de tejas - 1941, musique de Sebastián Piana (interpret. Alberto del Campo / Pedro Laurenz) " Quand un train si proche / Nous laissait de vieilles, / Étranges nostalgies / Sous la consonance / Douce du rosier ? /" ("¿Cuándo un tren cercano / nos dejaba viejas, / raras añoranzas / bajo la templanza / suave del rosal? /") : Comment interpréter la métaphore de la "tempérance" du rosier (traduite ici par "consonnance", dans une acception d’harmonie de couleurs) ? Que sont les "vieilles, étranges nostalgies" du train ? (D2C3) " Nous vivrons cette histoire lointaine, / Car dans cette maison de Belgrano, /Vainquant les arcanes / maman nous appelle… /" ("Viviremos el cuento lejano / que en aquel caserón de Belgrano / venciendo al arcano / nos llama mamá... /") : l'évocation de l'au-delà avec l'arcane mérite d'être soulignée, ainsi que l'intensité globale du sentiment transmis. (D2C2) Tinta roja - 1941, musique de Sebastián Piana (interpret. Goyeneche / Aníbal Troilo) " Le rempart, / Encre rouge dans le gris du passé… / Ton émoi / De parpaing heureux / Au-dessus de ma ruelle / Peinture bâclée / Du coin de rue. /" ("Paredón, / tinta roja en el gris del ayer... / Tu emoción / de ladrillo feliz / sobre mi callejón / con un borrón / pintó la esquina… /") : belles métaphores du " gris du passé" et du " parpaing heureux ", qui méritent d'être interprétées ; mais au-delà, que signifie l'encre rouge qui a peint le coin de rue ? Est-ce une allusion au sang versé dans les duels au couteau, ou plutôt au sang de la jeune fille qui sera évoqué plus loin ? (D2C3) " Cette boîte aux lettres carmin / Et ce bistrot / Où pleurait l'Italien / Son blond amour lointain / Qu'il noyait dans le "bon vin". /" ("Y aquel buzón carmín, / y aquel fondín / donde lloraba el tano / su rubio amor lejano / que mojaba con bon vin. /") : analyser et de commenter cette peinture d'un lieu, d'une atmosphère, de la douleur de cet immigré italien, et expliquer "bon vin". (D2C2) "Où est passé mon quartier ? / Qui a volé mon enfance ? / Dans quel recoin toi ma lune / Tu verses comme alors / Ta claire allégresse ? /" ("¿Dónde estará mi arrabal? / ¿Quién se robó mi niñez? / ? ¿En qué rincón, luna mía, /volcás como entonces / tu clara alegría? /") : plainte de nostalgie du quartier d'enfance, avec la lune qui adoucit la pauvreté, en quatre vers avec une seule métaphore. (D2C1) " Elle arriva et partit / Après l'carmin / Et l'gris / Bistrot lointain / Où un Italien pleurait / Ses nostalgies de "bon vin". /" ("Por qué llegó y se fue / tras del carmín / y el gris / fondín lejano, / donde lloraba un tano / sus nostalgias de bon vin. /") : force poétique des trois vers qui suivent, avant de revenir à la douleur de cet italien (avec la distance, " l'italien" de la première strophe devient " un italien" dans la dernière). (D2C3) La última curda - 1956, musique Aníbal Troilo (interpret. Edmundo Rivero / Aníbal Troilo) " Ta larme au goût de rhum m'emporte / Jusqu'au fond du bas-fond / Où même la boue se révolte­. /" ("Tu lágrima de ron me lleva / hasta el hondo bajo fondo / donde el barro se subleva. /") : la métaphore de la "larme au goût de rhum" évoque la douleur de l'amour et de l'alcoolisme. Mais de quel bas-fond s'agit-il ? Que signifie "la boue se révolte" ? (D3C3) "Raconte-moi ton calvaire, / Explique-moi ta défaite / Vois-tu le chagrín qui me blesse ? /" ("Contame tu condena, / decime tu fracaso, / ¿no ves la pena que me ha herido? /") : personnification du bandonéon, avec lequel le narrateur partage sa douleur d'amour. (D2C1) "Et parle-moi simplemente / De cet amour absent / Derrière un lambeau de l'oubli. /" ("Y hablame simplemente / de aquel amor ausente / tras un retazo del olvido. /") : impressionnante métaphore du lambeau, qui mérite d'être soulignée pour elle-même, mais aussi pour la puissance évocatrice d'un échec amoureux. (D2C1) Homero Manzi (1907 - 1951) Milonga triste - 1936, musique de Sebastián Piana (interpret. Alfredo Zitarrosa / Guitarras) " Rentré par des chemins blancs / Je n'ai pas pu revenir. / J'ai crié de mon cri long, / Chanté sans savoir chanter. /" ("Volví por caminos blancos, / volví sin poder llegar. / Grité con mi grito largo, / canté sin saber cantar. /") : déclamation impressionnante et triste, n forme de leitmotiv qui sera répété plus loin avec de légères variations. (D3C1) "Nous avons emporté ton silence / Lorsque les cloches sonnaient. /" ("Y llevamos tu silencio / al sonar de las campanas. /") : sublime métaphore ! (D3C1) "La lune est tombée dans l'eau / Ma poitrine frappée de peine. /" ("La luna cayó en el agua, / el dolor golpeó mi pecho. /") : la résonnance "lorquienne". (D3C1) "Silence du cimetière, / Solitude des étoiles. /" ("Silencio del camposanto / Soledad de las estrellas. /") : sentiment et atmosphère en deux vers exceptionnels, presque en rythme de y atmosfera en dos versos excepcionales, casi en ritmo de seguidilla flamenca. (D3C1) Malena - 1942, música de Lucio Demare (interpret. Francisco Fiorentino / Aníbal Troilo) " Sa voix porte l'arôme des herbes sauvages / Malena traîne une peine de bandonéon. /" ("A yuyo del suburbio su voz perfuma, / Malena tiene pena de bandoneón. /") : comme un raccourci métaphorique de la vie et la tristesse de cette chanteuse. (D3C2) " Ta chanson / A le froid de la dernière rencontre / Ta chanson / Sonne amère dans le sel du passé. /" ("Tu canción / tiene el frío del último encuentro / Tu canción / se hace amarga en la sal del recuerdo. /") : Métaphores du froid et du sel, comme un résumé poétique de l'histoire de Malena. (D3C2) " Tes tangos sont des mômes abandonnés / Qui traversent la boue de la ruelle, / Après que toutes les portes se sont fermées / Et râlent les fantômes de la chanson. /" ("Tus tangos son criaturas abandonadas / que cruzan sobre el barro del callejón / cuando todas las puertas están cerradas / y ladran los fantasmas de la canción. /") : impressionnante allégorie des tangos comparés à des "mômes abandonnés" ... et au passage, on peut souligner qu'ici le tango chante le tango ! (D3C2) Barrio de tango - 1942, musique de Aníbal Troilo (interpret. Goyeneche / Aníbal Troilo) "Un fragment de quartier / Là, dans Pompeya / Endormi sur le flanc de ce remblai, /" ("Un pedazo de barrio, allá en Pompeya, / durmiéndose al costado del terraplén, /") : peinture nostalgique du quartier de jeunesse, comme une photo sepia. (D3C1) "Un lampion qui balance sur la barrière / Le mystère d'adieu que sème le train. /" ("Un farol balanceando en la barrera / y el misterio de adiós que siembra el tren. /") : allusion poétique au train et à son "mystère d'adieu", quelque peu énigmatique. (D2C2) "Quartier de tango, lune et mystère, / Depuis l'souvenir je te vois encore ! /" ("Barrio de tango, luna y misterio, / ¡desde el recuerdo te vuelvo a ver! /") : la sublime métaphore de souvenir mérite d'être soulignée. (D3C1) "Y el dramón de la pálida vecina / que ya nunca salió a mirar el tren. /": comentar la alusión a ese personaje de Carriego. (D1C3) "Et la lune qui patauge dans la boue /"y la luna chapaleando sobre el fango /": terrible et belle métaphore avec les archétypes de la lune et de la boue. (D3C1) Paisaje - 1943, musique de Sebastián Piana (interpret. Alberto Podestá / Pedro Laurenz) "Je t’avais acheté, paysage lointain / Le cadre doré, le thème automnal / Je t'ai accroché face à son portrait / Face à son portrait qui a disparu. /" (" Te compré una tarde, paisaje lejano, / el marco dorado y el tema otoñal. / Te colgué en el muro frente a su retrato, / frente a su retrato que ya no está más. /") : une peinture de paysage pour évoquer la femme dont le portrait n'est plus là ( !), sans figures de style, mais une communication presque imagée d'une histoire d'amour. (D2C1) "Qui a peint, qui a peint, / Qui a peint sur ta toile, / La pinède paisible de l’automne ? / Cette lueur d’oubli, / Ces confins perdus, / Le chemin blessé de bleu / Et la solitude ? /" (¿Quién será, quien será / que en tu tela pintó / la quietud otoñal del pinar? / ¿Y esa luz de olvido, / y el confín perdido, / y el camino herido de azul / y la soledad? /") : Manzi culmine ici, sublime peinture poétique, avec les impressionnantes métaphores des confins et du chemin. (D3C1) "Nous sommes les mêmes, nos destins les mêmes. / Bruine cotonneuse d’un matin d'automne. / Un nid déserté et un vieux chemin / Et un air d’absence très triste et très gris. /" ("Somos sí lo mismo con igual destino, / garúa borrosa de un día de abril. / Un nido vacío y un viejo camino / y un aire de ausencia muy triste y muy gris. /") : le narrateur continue de projeter son désespoir sur le paysage, avec des images et des métaphores qui traduisent les sentiments de façon imagée. (D3C1) Sur - 1948, musique de Aníbal Troilo (interpret. Goyeneche / Piazzolla) "Ta chevelure de fiancée dans ma mémoire / Et ton nom qui flotte dans l'adieu. /" ("Tu melena de novia en el recuerdo / y tu nombre flotando en el adiós. /") : une image et une métaphore audacieuse (malgré la controverse flottant / fleurant) pour évoquer un amour de jeunesse. (D3C1) "Les rues et toutes les lunes du quartier, / mon amour et ta fenêtre, / Tout est mort, je le sais bien … /" ("Las calles y las lunas suburbanas, / y mi amor y tu ventana / todo ha muerto, ya lo sé… /") : nostalgie douloureuse en trois vers, émotion presque imagée, énigme du pluriel "lunes". (D2C2) "Nostalgie des choses qui ont disparu, / Sable que la vie a emporté, / Le cœur lourd de quartiers qui ont changé / L'amertume du rêve qui est mort. /" ("Nostalgias de las cosas que han pasado, / arena que la vida se llevó, / pesadumbre de barrios que han cambiado / y amargura del sueño que murió. /") : quatre vers puissants et émouvants où Manzi exprime sa nostalgie, petit mystère de la métaphore du sable. (D3C2) Che bandoneón - 1950, música de Aníbal Troilo (interpret. Goyeneche / Baffa Berlinghieri) "Esthercita et Mimi comme Ninon / Voulaient quitter leurs destins de percale, / Vêtirent à la fin des linceuls de rayonne, / À l'écho funéraire de ta chanson. /" ("Esthercita y Mimí, como Ninón, / dejando sus destinos de percal, / vistieron al final mortajas de rayón / al eco funeral de tu canción. /") : expliquer la métaphore de la percale, l'allusion aux héroïnes de la bohème française, souligner la force évocatrice de ce qui n'est rien moins qu'une tragédie en rapport avec la prostitution. (D3C2) "Bandonéon, / Aujourd'hui c'est nuit de bringue, / Et je peux t'avouer la vérité, / Tant de peines, tant de verres, tant de tangos, / Emballé dans la folie / De l'alcool et l'amertume. /" ("Bandoneón, / hoy es noche de fandango / y puedo confesarte la verdad, / copa a copa, pena a pena, tango a tango, / embalado en la locura / del alcohol y la amargura. /") : aucune figure de style, mais quelle force poétique dans la description de la situation du protagoniste ! (D2C1) "Bandonéon, / Pourquoi tellement parler d'elle, / Ne vois-tu pas le cœur qui est dans l'oubli, / Elle revient nuit après nuit / Comme une rengaine / Dans les gouttes de tes pleurs, / Che, bandonéon ! /" ("Bandoneón, / ¿para qué nombrarla tanto? / ¿no ves que está de olvido el corazón? / y ella vuelve noche a noche como un canto / en las gotas de tu llanto, / che bandoneón! /") : on comprend maintenant la douleur de cet homme dans le reproche au bandonéon, qui se termine par la belle métaphore "les gouttes de tes pleurs". (D2C1) "Et la gorgée d'alcool qui fait qu'on se demande / Si l'âme n'est pas "hors jeu" / Che bandonéon. /" ("Y el trago de licor que obliga a recordar / si el alma está en "orsai" / che bandoneón. /") : la métaphore de football, même pour ceux qui connaissent ce vocabulaire, est quelque peu énigmatique et mérite d'être interprétée. (D2C3) José María Contursi (1911 - 1972) Gricel - 1942, musique de Mariano Mores (interpret. Goyeneche / Atilio Stampone) "Ton espoir était cristal / Il s’est brisé à mon départ / " ("Tu ilusión fue de cristal, / se rompió cuando partí. /") : belle métaphore qui fait allusion à la pureté de la jeune fille et à son angoisse ensuite. (D3C1) "Que vais-je devenir Gricel ? / La loi de Dieu s'est accomplie / Car toutes ses fautes il a payé / Celui qui t'avait blessée. /" ("¿Qué será, Gricel, de mí…? / Se cumplió la ley de Dios/ porque sus culpas ya pagó / quien te hizo tanto daño. /") : on peut commenter le sentiment religieux du narrateur. (D2C1) Homero Expósito (1918 - 1987) Absurdo - 1940, musique de Virgilio Expósito (interpret. Goyeneche / Néstor Marconi) "Portail, où la lune s'est lassée d'attendre, / Verveine par où le temps se parfume et passe ! /" ("¡Portal donde la luna se aburrió esperando, / cedrón por donde el tiempo se perfuma y pasa! /") : Expósito culmine dans son art avec deux figures de style, la première qui peint un lieu et des sentiments sous la lune, la seconde qui transmet un parfum et une distance "philosophique". (D3C1) "Une valse pleure dans ton piano / Je me prends à penser / Qu'elle pleure d'amour. /" ("Siento un vals en tu piano llorar / y me pongo a pensar / si no llora de amor. /") : personnification de la valse et, au passage, allusion au niveau social de la jeune fille. (D2C1) "C'était le temps premier / Qui efface les cernes / Et allume la pudeur, /" ("Era la era primera / que apaga la ojera / y enciende el rubor. /") : dans l'original en espagnol las allitérations caractéristiques d'Exposito, mais comment comprend-t-on les cernes et la pudeur ? (D2C2) Yuyo verde - 1944, musique de Domingo Federico (interpret. Goyeneche / Néstor Marconi) "Une ruelle, une ruelle / Lointaine, lointaine / Nous allions perdus main dans la main / Sous le ciel d'un été / Nos rêves vains… /" ("Callejón... callejón... / lejano... lejano... / íbamos perdidos de la mano / bajo un cielo de verano / soñando en vano... /") : évocation impressionnante d'un amour de jeunesse, avec presque un oxymore dans le troisième couplet, et l'anticipation triste ensuite. (D3C1) "Un lampion, … un portail … / -Comme dans un tango- /" ("Un farol... un portón... / -igual que en un tango- /") : exemple parfait du tango qui chante le tango, peut-être ici comme un clin d'œil. (D2C1) "Laisse-moi pleurer ton souvenir / -nattes qui m'attachent au portail- / De ton pays nul ne revient / Même avec l’herbe verte / Du pardon… /" ("Dejame que llore y te recuerde / -trenzas que me anudan al portón- / De tu país ya no se vuelve / ni con el yuyo verde / del perdón... /") : cri de douleur direct et métaphore des tresses, mais surtout l'évocation de ce "pays" dont on ne revient pas. (D3C3) "Mais où sont les plumes de mon nid / L’émotion d’avoir vécu / Et cette tendresse ? /" ("¿Dónde están las plumas de mi nido, / la emoción de haber vivido / y aquel cariño?... /") : pure poésie dans cette plainte de nostalgie. (D2C1) Naranjo en flor - 1944, musique de Virgilio Expósito (interpret. Goyeneche / Atilio Stampone) "Elle était douce comme l'eau, / Comme l'eau douce, / Plus fraîche que la rivière, / "Naranjo en flor". /" ("Era más blanda que el agua, / que el agua blanda, / era más fresca que el río, / naranjo en flor… /") : comparaison de la jeune fille à l'eau, douce, fraîche, plus la mention de la fleur, peut-être pour suggérer sa jeunesse ? (D3C1) "D'abord il faut savoir souffrir, / Ensuite aimer, ensuite partir, / Enfin marcher sans une pensée… /" ("Primero hay que saber sufrir, / después amar, después partir / y al fin andar sin pensamientos... /") : chronologie de la souffrance d'amour, mais que veut-il dire dans le dernier vers ? (D3C2) "Arôme d'oranger en fleurs / Promesses vaines d'un amour / Qui sont parties avec le vent. /" ("Perfume de naranjo en flor, / promesas vanas de un amor / que se escaparon con el viento. /") : justification du titre de la chanson, dans cette expression si poétique du chagrin d'amour. (D2C1) "Éternelle et vieille jeunesse / Qui m'a laissé si apeuré / Comme un oiseau sans lumière. /" ("Eterna y vieja juventud / que me ha dejado acobardado / como un pájaro sin luz… /") : remarquable oxymore dans le premier vers, avant la comparaison déchirante avec un "oiseau sans lumière". (D3C1) Trenzas - 1945, musique de Armando Pontier (interpret. Goyeneche / Aníbal Troilo) "Tresses, / La soie douce de tes tresses, / Lune dans l'ombre de ta peau, / De ton absence. / Tresses qui m'ont noué, / Noué au joug de ton amour, / Le joug presque tendre de ton rire et de ta voix… /" ("Trenzas, / seda dulce de tus trenzas, / luna en sombra de tu piel / y de tu ausencia. / Trenzas que me ataron en el yugo de tu amor, / yugo casi blando de tu risa y de tu voz... /”) : peinture de la femme aimée seulement avec le symbole des tresses et quelques métaphores ; les vers 2 et 3 sont d'une poésie sublime et méritent d'être commentés ; puis vient l'expression de l'attachement amoureux avec la métaphore du joug, suivie de l'oxymore "joug presque doux". (D3C1) "Fine / Charité de ma routine / J'ai pu rencontrer ton cœur / Au coin d'une rue… /" ("Fina / caridad de mi rutina, / me encontré tu corazón / en una esquina… /") : comment interpréter "fine charité" ? (D2C3) "Tresses de la couleur du maté amer / Qui adoucirent ma léthargie grise. /" ( "Trenzas de color de mate amargo / que endulzaron mi letargo gris… /") : il compare la couleur des tresses à celle du maté et introduit l'oxymore entre l'amer et le doux, appliqué à la très allusive "léthargie grise". (D2C2) "Peine, / Vieille angoisse de ma peine, / Phrase détruite de ta voix / Elle qui m'enchaîne… /" ("Pena, / vieja angustia de mi pena, / frase trunca de tu voz / que me encadena... /") : souligner la force de la juxtaposition de l'angoisse et du chagrin, interpréter la très réussie "phrase détruite" (littéralement "phrase tronquée").(D3C1) Horacio Ferrer (1933 - 2014) Balada para un loco - 1969, musique de Ástor Piazzolla (interpret. Goyeneche / Piazzolla) "Quand il f'ra nuit sur ta portègne solitude / J'arriverai par le rivage de ton drap / Et un poème et un trombone / Pour réveiller ton corazón. /" ("Cuando anochezca en tu porteña soledad, / por la ribera de tu sábana vendré / con un poema y un trombón / a desvelarte el corazón. /") : la fantaisie onirique, ainsi que la métaphore du cœur, méritent d'être commentées dans cette déclaration de désir amoureux. (D3C2) "Sortons voler, ma chérie; / Monte dans mon illusion super-sport, / Et allons courir dans les corniches / Avec une hirondelle dans le moteur ! /" ("Salgamos a volar, querida mía; / subite a mi ilusión súper-sport, / y vamos a correr por las cornisas / ¡con una golondrina en el motor! /") : complètement onirique, peut-être un peu surréaliste, dans ces vers de séduction d'une femme. (D3C1) "Gravis cette tendresse de fous qui est en moi / Mets-toi cette perruque d'alouettes, et volons ! /" ("Trepate a esta ternura de locos que hay en mí, / ponete esta peluca de alondras, ¡y volá! /") : remarquable métaphore de gravir ("grimper à" dans l'original) la "tendresse de fous". (D3C1) Eladia Blázquez (1931 - 2005) El corazón al sur - 1975, letras y música (interpret. Maria Graña y Eladia Blázquez / Guitarras) "Quartier je me rappelle ton jasmin, / L'ombre de ma mère dans le jardin, /" ("Mi barrio fue una planta de jazmín, / la sombra de mi vieja en el jardín. /" : le souvenir de son quartier parfumé par le jasmin et protégé par l'ombre de la mère. (D3C1) "Si j’ai dû te quitter un jour / Avec la gorge nouée d'amour, / Mon cœur reste tourné vers toi / Vers toi le sud. /" ("Si desde el día en que me fui / con la emoción y con la cruz, / ¡yo sé que tengo el corazón mirando al sur! /") : souvenir douloureux de son départ du quartier, et profession de foi vers lui. (D2C1) "Maint'nant je sais que la distance est illusoire / Je te retrouve mon quartier, point cardinal, / Revenant à l'enfance dans ta lumière / Avec mon cœur toujours tourné, vers toi le sud. /" ( "Ahora sé que la distancia no es real / y me descubro en ese punto cardinal, / volviendo a la niñez desde la luz, / teniendo siempre el corazon mirando al sur. /") : sans figure de style, elle résume en quatre vers son sentiment et sa philosophie. (D3C2) N'hésitez-pas à réagir : ici, ou par mail à leon.levybencheton@gmail.com

  • EL CHOCLO (FR)

    Paroles : Enrique Santos Discépolo - Musique : Ángel Villoldo Cette chanson, dont la mélodie a été diffusée très largement au-delà de l’univers du tango, est un thème intéressant qui illustre quelques facettes de la culture Tango. Musique - composée vers 1904 (1948 est la date du premier enregistrement avec les paroles de Discépolo) par le grand Angel Villoldo, c'était à l'origine vraisemblablement une milonga, comme le montrent les interprétations de Libertad Lamarque (1948) et Tita Merello (1954). Toutefois, les interprétations de Charlo (1952), Angel Vargas (1941) et Alberto Castillo sont en rythme de tango. Poésie, histoire et sociologie "El choclo" eut trois versions de texte : celle du compositeur, pratiquement oubliée, celle de Catán Marambio, interprétée en 1941 par Angel Vargas, et celle de Discépolo, basée sur la précédente (d'où la mention des deux auteurs), enregistrée pour la première fois par Libertad Lamarque en 1948, la plus connue aujourd'hui (cf Las Letras del tango - Editorial Fundación Ross – p. 373). La version de Discépolo est un véritable hymne au tango, lequel a permis aux habitants des pauvres barrios de sortir de la misère, et même à certains de faire le pont avec Paris, dont on connaît d'ailleurs le rôle important dans l'histoire du tango dans les années 1910. Ce texte évoque avec nostalgie et tendresse la "faune" de ces quartiers, dans une énumération en Lunfardo des personnages de cette société très pauvre où l'on se battait pour la vie dans tous les sens du terme : les filles (pebetas, grelas, paicas), les rupins qui les entretenaient (el bacán), les voyous (reo), mais aussi le personnage sacré de la mère (la vieja) qui revient de l'au-delà sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Citons quelques vers, et l'adaptation en français que j'en ai faite : con este tango nació el tango, y como un grito salió del sórdido barrial buscando el cielo; ...... Al evocarte, tango querido, siento que tiemblan las baldosas de un bailongo y oigo el rezongo de mi pasado... ...... ¡Misa de faldas, querosén, tajo y cuchillo, que ardió en los conventillos y ardió en mi corazón." Avec ce tango est né le tango, et comme un cri Il a quitté le quartier glauque cherchant le ciel ..... Quand je t’évoque, tango que j’aime, je sens que tremblent Les carreaux sous cette danse J'entends la plainte de mon passé ...... Messe de jupes, de gaz, balafres et couteaux, Brûlant les conventillos et brûlant dans mon cœur.

  • “Poésie en rythme de tango” (FR)

    Mon sixième livre (juillet 2025) Vous qui aimez la poésie des chansons à texte, vous les amoureux du tango, j'ai le plaisir de vous informer de la parution de mon nouveau livre : "Poésie en rythme de tango" (Books on Demand, 324 pages, ISBN 9782810620845). Avec cet ouvrage, je poursuis mon exploration singulière et passionnée de la poésie du tango du Río de la Plata (Argentine, Uruguay), celle d’un bilingue amoureux de la chanson à texte poétique, exégète engagé qui interroge la présence du duende dans la poésie vivante du tango. Cette anthologie analyse en profondeur 68 tangos d'exception - de l’âge d’or aux accents plus modernes -, en mettant en lumière leur richesse poétique, leur structure rythmique et leur portée existentielle. Sixième d'une série (deux langues) commencée en 2018, c'est une synthèse de mon travail bilingue sur le tango-chanson (un genre dans le genre), en même temps qu'une refonte de “Poésie de lune et tango” (2021) : plus compact (324 pages au lieu de 525), avec de nombreuses améliorations des commentaires et des traductions "chantables" des paroles. À la croisée du texte et de la musique, j'essaie d'éclairer le rapport subtil entre l'intonation des paroles et les contraintes rythmiques , tout en soulignant les figures de style, les émotions esthétiques, sentimentales ou intellectuelles, autrement dit la force expressive des paroles du tango . Chaque commentaire, à la fois rigoureux et sensible, invite à découvrir ou redécouvrir des chefs-d’œuvre signés Discépolo, Manzi, Expósito, Blázquez, Cadícamo, Cátulo Castillo, et quelques autres. Cet ouvrage est proposé aux amoureux du verbe, aux passionnés de tango, aux traducteurs de l’émotion musicale, dans une invitation à lire et écouter à la fois avec la pensée et avec le cœur. Aussi je recommande d'écouter des interprétations de référence en parallèle avec la lecture, rassemblées dans un post de ce site : Tangos étudiés : écouter. Vous trouverez le livre, au prix de 18€, dans les librairies (indiquez le titre et au besoin l'ISBN) ainsi que dans plusieurs plateformes : Books on Demand, Place des Libraires, FNAC, AMAZON, etc. L'ebook est disponible, au prix de 4,99€, sur les plateformes Books on Demand, FNAC, AMAZON Bonne lecture et bonne écoute !

  • Quand les paroles du tango appellent l'exégèse

    J'ai le plaisir de vous présenter aujourd'hui un petit essai, à caractère quelque peu méthodologique, qui a son histoire. Quelqu’un m’a dit un jour, après lui avoir présenté mon livre "Poesía de luna y tango", que les analyses et les exégèses des paroles de tango n’étaient pas nécessaires pour ceux qui connaissent la langue. Venant d’un connaisseur du genre, cette remarque m’a étonné, car elle semblait écarter d’emblée, sans véritable dialogue, la raison d’être de mon travail. De cette objection est née une réflexion plus large, que j’ai publiée en 2023 sur le site de recherche Academia.edu, sous le titre Poesía de las letras del tango: ¿exégesis o no exégesis?, et que j’ai développé sur ce même site dans deux articles. À partir de là, j’ai pu approfondir et objectiver ma conviction, tout en constatant que mon approche était unique dans le monde du tango. Ma récente participation au Sommet mondial du tango de Grenade m’a permis de percevoir très concrètement la passion de tant d’artistes pour le tango-chanson, et a renforcé mon désir de partager plus largement ce travail. Le résultat est cet essai de 125 pages en espagnol, dont le titre Poesía de las letras del tango: cuando el verso pide exégesis exprime clairement son objectif, et qui vise à partager plus largement mon travail avec des lecteurs et des auditeurs, pas tous spécialistes. Car je suis convaincu que le tango-canción, ce genre de chanson populaire ("chanson à texte"), mérite des exégèses qui sont souvent réservées à la poésie " académique". Cet essai se veut une invitation à la lecture : il présente 140 extraits tirés de 50 oeuvres, écrites par 12 paroliers-poètes incontestables, accompagnés d’arguments expliquant pourquoi ces vers méritent une exégèse. Chacun pourra retenir ce qui lui semble pertinent ou singulier, et éventuellement prolonger ces pistes de lecture par les siennes. Il est publié en auto-édition via Amazon KDP, en format papier et électronique. Selon votre localisation, cliquez par exemple sur Amazon.es pour España, Amazon.fr pour France, ou Amazon.com pour hors Europe. (N'hésitez pas à acheter ce livre électronique, disponible pour moins de 3€, consultable sur n'importe quel ordinateur, tablette ou téléphone portable grâce à l'application gratuite Kindle.)

  • 12e Sommet Mondial du Tango Granada, Mars 2026

    5 jours de magie et amitié "tangueras"! Merci beaucoup, Tato ! J'ai eu l'honneur d'être invité, en tant que représentant de Paris, par Horacio (Tato) Rébora, organisateur depuis 35 ans du Festival de tango de Grenade et des Sommets mondiaux. Cette 12e édition s'est déroulée à Grenade, terre de passion et de flamenco. Intéressé par mes livres sur la littérature et par le CD que j’ai enregistré avec Olivier Manoury (bandonéon), Tato m’a programmé pour présenter mon livre "El tango canta la vida - Memorias de un duende poeta", ainsi que pour chanter quatre tangos, en précisant que deux d’entre eux seraient en français (mes traductions). Ces quelques jours ont été pour moi une véritable expérience artistique et culturelle, ponctuée de rencontres intéressantes et chaleureuses avec des artistes de divers horizons et pays. Je vous adresse à tous mes amitiés ! (Bon, malheureusement, j'ai très peu dansé à cause d'un pied douloureux !) Je remercie tout particulièrement Francisco Torné, de l'Académie nationale du tango (Buenos Aires), pour sa proximité et son amitié. Comme représentant de Paris, Tato m'a demandé de faire une vidéo de 30 secondes. Edith Piaf et Carlos Gardel étaient incontournables ! Cliquez sur la photo MES DEUX PRESTATIONS Teatro Isabel la Católica Chant C'était impressionnant de chanter devant un public d'environ 350 personnes, sur une immense scène, mais j'ai été beaucoup aidé par l'excellent guitariste argentin de Grenade, Martín Perdomo, non seulement grâce à son talent, mais aussi de par sa belle personnalité. J'ai interprété 4 tangos (les deux en français ont fait l'objet d'améliorations notables par rapport aux versions publiées dans mes derniers livres, notamment grâce à l'ajout de quelques rimes). Cliquez ci-dessous pour voir deux vidéos de Chema Pozo, un personnage très intéressant dont je parle plus bas, et à qui je suis profondément reconnaissant (les photos sont de Roberto Durán). Malena (FR) La última curda (ES) Centro cultural Gran Capitán Présentation du livre Dans ce lieu magnifique, où sont également exposées des peintures, j'ai raconté, commenté et lu des extraits devant un petit public très attentif. La séance s'est poursuivie par un échange très intéressant et tonique avec le public, et j'ai signé quelques dédicaces avec grand plaisir. Francisco Torné, María Shnaidar, Martín Perdomo, Léon, Tato Rébora, Manuel Martinez. Cliquez ICI pour un court extrait de la présentation. RENCONTRES AVEC DES ARTISTES Bien sûr, le Théâtre Isabel la Católica était un lieu de rencontre, puisque nous y allions le soir pour nous produire ou pour assister aux spectacles des autres. Nous nous croisions aussi spontanément à notre hôtel et au restaurant choisi par les organisateurs du Sommet. Sans oublier cet autre hôtel où se déroulaient des milongas. *** DEPUIS L'HÔTEL *** Jero, servidor, Silvia Sab, Martín, Miguel. La cour de l'hôtel, avec ses arbres fruitiers, a favorisé ma rencontre avec un trio d'artistes argentins très intéressants : Jero Flores, chanteur - Martín Fedyna, guitariste - Miguel García Urbani, poète. C'est là que Martín a joué un jour les accords de "Che bandoneón", je me suis mis à chanter, et ce fut, je crois, un moment d'émotion tanguera et d'amitié. *** DEPUIS LE RESTAURANT *** (de droite à gauche) Polly Ferman, Daniel Binelli, César Angeleri, Francisco Torné, Léon, Miguel Ángel Zotto, Tato Rebora. C'était un endroit chaleureux, grâce à la gentillesse de Francis, que j'appelais "tabernero", où l'on discutait et racontait des anecdotes sur des artistes historiques (merci, Mighel-Ángel !). Mais on y chantait aussi au débotté, à la guitare ou a capella. Vous pouvez imaginer l'ambiance ! Je vous présente ci-dessous des photos et des vidéos d'artistes avec lesquels j'ai partagé une amitié et une complicité. Polly Ferman et Daniel Binelli Je commence par mes amis Polly et Daniel. J'en profite pour rappeler que mon amitié avec Tato a commencé grâce à eux : un jour, ils lui ont montré mon livre "Poesía de luna y tango", qui l'a beaucoup intéressé. À partir de là, nous avons continué à échanger sur WhatsApp… Comme je ne pouvais pas être à Grenade le dimanche 22, jour de la clôture du festival avec l'Orchestre mondial du tango, Daniel m'a autorisé à assister à une répétition et à présenter cette petite vidéo : Daniel dirige, Polly au piano Lucy Nevarez (Puerto Rico) De leur prestation au théâtre jusqu'aux chansons improvisés, en groupe ou en solo, au restaurant, sans oublier le chant spontané a cappella ensemble devant l'entrée de l'hôtel (" El corazón al sur") ! Voici leur vidéo au théâtre : La cumparsita, por Lucy Nevarez (voz), Fabian Carbone (bandoneón), Ramón Maschio (Guitarra) Con Silvia Sab et Martín Fedyna Silvia Sab (Mar del Plata) Je l'ai découverte d'abord au restaurant, lors d'une de ces soirées improvisées où, après quelques chants en groupe, elle s'est mise à chanter seule. Nous l'avons respectée pour sa maîtrise et sa délicatesse, alors qu'elle chantait a capella dans une ambiance plutôt bruyante. Puis il y a eu cette rencontre dans la cour avec un autre artiste de Mar de Mar del Plata, Martin Fedyna... Voici une vidéo au théâtre, avec le grand César Angeleri. Caserón de te Silvia Sab (voix), César Angeleri (Guitarre) Romina Bianco (Barcelona) La rencontre eut lieu à la sortie de sa prestation au théatre, nous avons évoqué des racines communes ... Ici une vidéo de sa prestaion, accompgnée de deux musiciens finlandais (piano & bandonéon): Balada para mi muerte Romina Bianco (voz), Tango del norte Aylén Bárbara Gerull (Hamburg) El choclo, dans un mélange d'allemand et d'espagnol, acompagnée par Mariano Siccardi (piano et voix): El choclo Aylén Bárbara Gerull (voz) Mariano Siccardi (piano y voz) Stefania Sonsogna y Andrea Possenti (Italia) J'ai eu l'honneur de danser avec Stefania, dans cet hôtel au sol en marbre. Ce fut un énorme plaisir, merci Stefania ! Sarita Schena y Mariano Siccardi (Italia) J'avais connu Mariano dans une milonga parisienne, jouant et chantant avec Simone Tolomeo (bandonéon) et Facundo Di Pietro (contrebasse) : j'avais adoré ! Vals peruano - Sarita Schena (voz), Mariano Siccardi (piano) *** CHEZ CHEMA *** Un soir, après le théâtre et le restaurant, j'ai eu la chance d'être invité à une soirée tango chez Chema, organisateur de milonga et vidéaste officiel du festival. J'ose cette paraphrase d'un célèbre tango : "Pisito que puso Chema / piano y parqué para tanguear" ! Et là j'ai retrouvé Jero et Martín, et ça a débouché sur un moment passionnant de tango-chanson. Mais avant d'aller plus loin, je tiens à remercier Chema pour son accueil et Lisa, sa compagne, pour la danse qu'elle m'a accordée. Revenons à Jero et Martín : Jero est un chanteur de tango au style et à la voix singuliers, qui enchantent le passionné de tango-chanson que je suis. Martín est un guitariste virtuose et créatif. Écoutez maintenant cette vidéo amateur des deux que j’ai réalisée ce soir-là : Será una noche Jero Flores (voz) & Martín Fedyna (Guitarra) Ensuite, Martín m'a accompagné sur "Barrio de tango". J'ai commencé seul en espagnol, puis je me suis fourvoyé en voulant chanter le deuxième refrain en français, et ça a dégénéré en un chant collectif très amusant, auquel s'est jointe la chanteuse allemande Aylén (voir plus haut), avec qui j'ai eu le plaisir de danser une tanda. Maintenant, regardez et écoutez : Barrio de tango En choeur improvisé, à l'arrache Il m'a également accompagné Che bandoneón, plus contrôlé. Voici un extrait : Che bandoneón (extracto) Léon LB (voz) @ Martín Fedyna (guitarra) Bon, on ne peut pas tout raconter, mais je souligne que le festival m'a donné l'opportunité de connaître trois artistes argentins exceptionnels : Veronika Silva (voix) César Angeleri (guitarre) et Guillermo Fernández (voix). Je les ai écoutés dans une répétition au Centro Cultural Gran Capitán, ils m'ont enchanté. Mais le hasard a fait que j'ai rencontré à nouveau près de Paris, une semaine après, dans un concert organisé par mon ami le grand musien argentin Luis Rigou, César et Guillermo. On nous a pris cette photo. Je vous suivrai, maestros ! Et maintenant, pour conclure, j’avoue que, tout au long de ce travail, j’ai eu envie d’écrire des paroles de tango, pour évoquer ces jours placés sous le signe de l’art et de l’amitié. Et la mélodie de "Barrio pobre" m'est venue à l'esprit (musique de Vicente Belvedere, paroles de Francisco García Jiménez). Voici mon interprétation, sur un arrangement de Diego Trosman, guitarriste argentin basé à Marseille. (Interprétation réalisée à des fins culturelles et dans le but de faire connaître la culture du tango, sans but commercial.) "Cumbre del tango en Granada" MERCI POUR VOTRE ATTENTION N'hésitez-pas à me contacter pour toute question tangoleonlb@gmail.com

  • LE TANGO CHANTE LA VIE ....Mémoires d'un lutin poète

    Contrairement à mes livres précédents, qui étaient plutôt des anthologies, je pensais depuis un certain temps à un livre de récits mêlés à des extraits de paroles poétiques de tango, avec un personnage narrateur, un immigré de la région de Tanger qui, de retour dans son pays natal, raconterait des histoires de tango à quelques amis et parents. Mais, voulant couvrir la période 1917-1980 j'avais un souci de cohérence chronologique. L'étude du grand tango Che bandoneón, qui commence par "el duende de tu son" - le duende de Lorca - m'a donné l'idée d'un lutin poète invisible, ce qui a solutionné mon problème de manière poétique. Je donne ici la parole à un lutin poète, "errant dans le temps et dans l'espace", témoin invisible de la construction sociale de Buenos Aires au XXe siècle, ou plutôt de sa traduction dans la poésie du tango-chanson, en fréquentant les cafés où il écoute les conversations des habitués de tous horizons : ouvriers, chômeurs, intellectuels, artistes... Ainsi, ce lutin quelque peu "lorquien" nous propose un parcours narratif et presque romanesque à travers vingt-six poèmes de tango anthologiques, sous-tendus par des récits de vie, grâce au talent de quatorze paroliers-poètes illustres, auteurs d'un trésor culturel et social parfois caché dans les coulisses de la danse ! Tout au long de son vagabondage passionné, le lutin poète fait vivre des personnages attendrissants, ceux de son récit et ceux des paroles des tangos, et nous raconte en particulier l'histoire d'un immigré déraciné qui s'acclimate à la vie et à la culture de Buenos Aires, mais ne perd pas le souvenir de sa terre natale... Ainsi le lutin nous permet de passer de l'histoire sociale de Buenos Aires à la poésie du tango - chanson. Plus qu'un simple narrateur, il devient un esprit du tango, un témoin et un transmetteur de son essence. Si ces commentaires ont excité votre curiosité, n'hésitez pas à acheter le livre en cliquent ici https://amzn.eu/d/8HpE8yF , ou écrivez-moi si vous habitez en France : leon.levybencheton@gmail.com

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